Grève des enseignants au Gabon : l’école publique à l’arrêt, une crise aux lourdes conséquences

Le système éducatif gabonais traverse une nouvelle zone de turbulences. Depuis la reprise des cours du deuxième trimestre de l’année scolaire 2025-2026, une grève nationale des enseignants paralyse de nombreux établissements publics à travers le pays, plongeant élèves, parents et autorités dans une profonde incertitude. À Libreville comme à l’intérieur du pays, les salles de classe sont restées largement désertes, signe d’un malaise devenu structurel.

Dès les premiers jours de la reprise, collèges et lycées ont fonctionné au ralenti, voire pas du tout. Dans plusieurs localités — notamment Oyem, Franceville, Tchibanga ou Lambaréné — les élèves, présents conformément au calendrier officiel, ont été contraints de rebrousser chemin faute d’enseignants. Cette situation illustre l’ampleur d’un mouvement de grève largement suivi au niveau national.

À l’origine de cette mobilisation, le collectif SOS Éducation, soutenu par d’autres organisations syndicales du secteur, dénonce des revendications anciennes restées sans réponse. Les enseignants réclament principalement la régularisation de milliers de situations administratives en souffrance, l’amélioration de leurs conditions de travail, ainsi qu’une reconnaissance plus juste de leur statut professionnel. Pour eux, cette grève n’est plus une option, mais un ultime recours après des années de promesses non tenues.

Face à la paralysie du système, le gouvernement a mis en place une commission interministérielle associant les ministères de l’Éducation nationale, de la Fonction publique et du Budget. Les autorités ont annoncé la régularisation prochaine de près de 3 000 dossiers administratifs, une mesure saluée comme une avancée partielle. Toutefois, pour les syndicats, ces annonces restent insuffisantes et ne répondent pas à l’ensemble des préoccupations exprimées sur le terrain.

Malgré l’ouverture de négociations, le mouvement de grève se poursuit. Les responsables de SOS Éducation estiment que les engagements pris manquent de clarté et de garanties concrètes. Cette situation a également révélé des tensions internes au sein du collectif, certaines voix critiquant la participation aux discussions avec le gouvernement, perçue par d’autres comme une compromission. Ces divisions fragilisent l’unité du mouvement, sans pour autant mettre fin à la mobilisation.

Les parents d’élèves, eux aussi, se retrouvent en première ligne de cette crise. Réunie en assemblée générale, la Coordination des associations des parents d’élèves du Gabon (CAPEG) a exprimé son soutien aux enseignants, appelant les familles à garder les enfants à domicile tant qu’une solution durable ne sera pas trouvée. Une position lourde de sens, révélatrice du désarroi des parents face à un système éducatif qu’ils jugent en souffrance depuis trop longtemps.

Au-delà du bras de fer entre syndicats et autorités, cette grève met en lumière les failles profondes de l’école publique gabonaise : lenteurs administratives, manque de moyens, conditions de travail difficiles et dialogue social souvent tardif. Les premières victimes demeurent les élèves, dont la scolarité est une fois de plus perturbée, compromettant l’achèvement des programmes et la préparation aux examens.

Aujourd’hui, la crise éducative dépasse le cadre d’un simple mouvement social. Elle pose une question fondamentale : comment garantir un avenir à la jeunesse gabonaise sans une école stable, performante et respectée ? La réponse à cette interrogation conditionnera non seulement la reprise des cours, mais aussi la crédibilité des réformes éducatives annoncées. Dans l’attente d’un accord durable, l’école publique reste à l’arrêt, suspendue aux décisions d’un dialogue social encore fragile.

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