
À Libreville, trouver du gaz butane est devenu un vrai parcours du combattant. Depuis plusieurs semaines, les habitants se déplacent de dépôt en dépôt, tôt le matin, espérant trouver une bouteille. Et la plupart du temps, ils rentrent bredouilles, la fatigue dans les jambes et la frustration dans le cœur.
Les femmes des quartiers populaires racontent leurs matinées à courir les points de vente. Elles commencent par le premier dépôt à 6h, en espérant être parmi les premières. Ensuite, elles enchaînent avec le suivant, et le suivant encore. Souvent, les bouteilles sont épuisées, ou le prix a été multiplié par deux par rapport à la semaine précédente. Et quand on demande pourquoi, personne ne sait vraiment. Certains accusent la spéculation, d’autres la mauvaise organisation.
Dans les marchés, l’ambiance est tendue. Les petits restaurateurs ferment plus tôt parce qu’ils ne peuvent pas cuisiner. Les vendeuses de plats chauds improvisent des solutions : charbon, petits réchauds, ou cuisson à la maison pour livrer le midi. Les familles se débrouillent comme elles peuvent. Certains parents décident de préparer des repas froids, de reporter le déjeuner ou de manger chez des voisins. Ces petites galères quotidiennes s’accumulent, et pour beaucoup, c’est devenu un stress permanent.
Les conversations dans les rues tournent autour de ce manque : « J’ai fait trois dépôts et rien », « C’est de pire en pire cette histoire », « On ne sait plus comment faire ». Les enfants observent leurs parents courir et s’impatienter, les sacs vides à la main. Et souvent, on sent la fatigue dans le regard des gens. Pas seulement la fatigue physique, mais celle qui vient de devoir toujours s’adapter, toujours courir, toujours espérer.
Certains habitants essaient de transformer cette frustration en solidarité. On prête un réchaud, on partage du charbon, on échange des bouteilles quand on en trouve. Mais ces solutions sont temporaires, fragiles, et ne remplacent pas ce qui devrait être simple : avoir du gaz pour cuisiner chez soi, sans stress, sans crainte.
Libreville continue de bouger, les marchés restent ouverts, les motos passent entre les files d’attente, mais derrière cette apparente normalité, il y a une réalité plus dure : vivre ici signifie parfois s’adapter à des pénuries que l’on croyait oubliées, ressentir la fatigue du quotidien et la patience qui s’effiloche.

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