
Il suffit de marcher quelques minutes dans certains quartiers de Libreville pour comprendre. Les ordures sont partout. Les sacs déchirés, les papiers, les restes de nourriture, les bouteilles plastiques. On détourne le regard, on évite les flaques, on fait attention à ne pas marcher dedans. Mais impossible de faire semblant : elles font partie du décor.
Les habitants s’en plaignent depuis des semaines. Certains racontent que les camions de ramassage passent une fois toutes les deux semaines, parfois plus. Entre-temps, les déchets s’accumulent. Les odeurs deviennent insupportables par temps chaud, et après la pluie, les immondices glissent dans les caniveaux, bloquent l’eau, attirent les mouches et les rats. Les enfants jouent à côté, et les commerces essaient d’ouvrir malgré tout. La vie continue, mais difficilement.
À Mindoubé et dans d’autres points de dépôt, la situation est encore pire. La décharge est saturée depuis longtemps. Les habitants qui vivent à proximité se plaignent de l’air irrespirable, des fumées et des risques pour leur santé. Et pourtant, le bruit et le mouvement continuent : les camions passent, les gens marchent, les motos slaloment. Le chaos semble normal, mais ce n’est pas normal.
On sent la lassitude dans les regards. Les habitants savent que c’est un problème ancien, que ça dure depuis des années, mais l’indifférence ressentie est douloureuse. Certains parlent d’un sentiment de honte, d’impuissance, parce qu’ils font partie de la ville, qu’ils contribuent à sa vie et à son animation, mais ne peuvent pas toujours en profiter dans de bonnes conditions.
Et au quotidien, il reste cette question : comment continuer à vivre dignement quand la propreté de sa rue, de son quartier, de sa ville n’est pas garantie ? Chaque sac qui déborde, chaque odeur qui monte, rappelle que les petites choses, pourtant essentielles, font défaut. Et que la patience des habitants est mise à rude épreuve.

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