Pour beaucoup de Gabonais vivant en province, l’État est une présence lointaine. Il existe dans les discours, dans les formulaires, dans les promesses. Mais dans le quotidien, il se manifeste de manière intermittente, parfois absente.
Dans certaines localités de l’Ogooué-Lolo, les services administratifs fonctionnent au ralenti. Un acte de naissance, une légalisation, un document officiel peuvent nécessiter plusieurs déplacements, parfois vers une autre ville. Le coût du transport, le temps perdu, l’incertitude découragent. Certains renoncent, vivant sans papiers à jour.
À Tchibanga ou à Ndendé, les populations parlent souvent d’un État concentré dans les capitales provinciales. Dès que l’on s’éloigne, les services disparaissent. Les écoles manquent de moyens, les centres de santé aussi, les forces de sécurité sont peu présentes. Le sentiment d’abandon ne naît pas d’un rejet idéologique, mais d’une accumulation de petites absences.
Les démarches numériques, censées rapprocher l’administration des citoyens, creusent parfois l’écart. Là où la connexion est instable, où l’électricité est intermittente, les plateformes en ligne deviennent inutiles. Ceux qui ne maîtrisent pas les outils numériques se retrouvent exclus d’un système pensé sans eux.
Dans le Moyen-Ogooué, certains chefs de village jouent un rôle d’interface avec l’administration. Ils transmettent les doléances, organisent les visites officielles, tentent de maintenir le lien. Mais leur marge de manœuvre est limitée. Les décisions se prennent ailleurs, souvent sans consultation réelle.
La perception de l’État est aussi influencée par les périodes électorales. Les visites se multiplient, les promesses affluent, puis le silence revient. Cette discontinuité alimente la méfiance. Les populations finissent par considérer la politique comme un événement ponctuel, sans impact durable sur leur quotidien.
Pourtant, l’attachement à l’État existe. Les Gabonais attendent beaucoup de lui. Ils veulent des écoles qui fonctionnent, des routes entretenues, une justice accessible. Le problème n’est pas l’absence de patriotisme, mais l’absence de réponses concrètes et régulières.
Réduire la distance entre l’État et les citoyens ne passe pas uniquement par des discours. Cela suppose une présence continue, des services fonctionnels, une écoute réelle des réalités locales. Tant que l’administration restera perçue comme un centre lointain, le sentiment d’abandon continuera de structurer la relation entre les provinces et le pouvoir central.


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