SEEG : malgré une mobilisation sans précédent de l’État, pourquoi les coupures persistent-elles ?
Depuis octobre 2023, rarement un secteur aura concentré autant d’attention politique, de décisions gouvernementales et d’investissements que celui de l’eau et de l’électricité au Gabon.
Mise sous administration provisoire, changement de dirigeants, audits, partenariats internationaux, investissements dans de nouvelles capacités de production, baisse du coût des compteurs, interconnexions régionales, financements multilatéraux… la liste des actions engagées autour de la SEEG est longue, dense, et parfois même impressionnante.
Et pourtant, sur le terrain, le constat est brutal :
les coupures d’eau et d’électricité continuent de rythmer le quotidien des Gabonais.
Alors une question s’impose : pourquoi rien ne semble changer malgré tous ces efforts ?
Une mobilisation de l’État rarement observée
Dès les premiers mois de la transition, les autorités ont affiché leur volonté de reprendre en main un secteur jugé stratégique.
La mise sous administration provisoire de la SEEG en août 2024 a marqué un tournant majeur. L’État a choisi de reprendre le contrôle direct de l’entreprise, avec pour objectif de remettre de l’ordre dans la gestion et d’améliorer rapidement la qualité du service.
Dans la foulée, plusieurs mesures concrètes ont été prises :
- baisse significative du coût des compteurs
- acquisition de milliers de nouveaux équipements
- signature de partenariats internationaux, notamment avec SUEZ
- lancement d’un plan stratégique d’investissement
- mobilisation de financements avec des partenaires internationaux
- mise en service de centrales électriques flottantes pour réduire les délestages
- interconnexion électrique avec la Guinée équatoriale
- lancement de nouveaux projets de production énergétique
À cela s’ajoute une implication directe du chef de l’État, qui a lui-même recadré les responsables du secteur face à la persistance des dysfonctionnements.
Sur le papier, rarement un secteur aura bénéficié d’un tel niveau d’intervention.
Une réalité inchangée pour les populations
Malgré cette mobilisation, le quotidien des populations reste marqué par :
- des coupures d’électricité fréquentes et imprévisibles
- des pénuries d’eau dans plusieurs quartiers
- des perturbations prolongées sans communication claire
- un sentiment général d’abandon et d’incompréhension
Dans certaines zones, l’accès à ces services de base reste aléatoire, voire inexistant pendant plusieurs jours.
Le décalage entre les annonces et la réalité alimente un profond malaise.
Des explications techniques… mais insuffisantes
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation.
D’abord, les infrastructures existantes sont anciennes, parfois vétustes, et nécessitent des investissements lourds et du temps pour être modernisées.
Ensuite, les capacités de production restent insuffisantes face à la demande croissante, notamment dans le Grand Libreville.
Enfin, les réseaux de distribution souffrent de pertes importantes, de fraudes et de dysfonctionnements techniques.
Mais ces explications, bien que réelles, ne suffisent plus à convaincre une population qui constate que les annonces se multiplient sans amélioration tangible.
Un problème de gouvernance ?
La question de la gouvernance est au cœur des interrogations.
Les changements répétés de direction, les réorganisations successives et les ajustements permanents peuvent avoir fragilisé la stabilité interne de l’entreprise.
Le manque de coordination entre les différents acteurs du secteur — opérateur, État, partenaires — peut également ralentir la mise en œuvre effective des réformes.
À cela s’ajoutent des problématiques souvent évoquées mais rarement documentées de manière officielle :
- opacité dans certains mécanismes internes
- inefficacité opérationnelle
- difficultés de pilotage
- problèmes de communication
Sabotage, inertie ou système à bout de souffle ?
Face à l’absence de résultats visibles, les interrogations deviennent plus sensibles.
Certains évoquent la possibilité de résistances internes, voire de sabotage. D’autres pointent une inertie structurelle propre aux grandes entreprises publiques, où les réformes mettent du temps à produire des effets.
Il y a aussi une hypothèse plus profonde : celle d’un système à bout de souffle, qui ne peut être corrigé uniquement par des décisions politiques, aussi volontaristes soient-elles.
Dans ce cas, la question ne serait plus seulement celle de la gestion, mais celle du modèle même du service public de l’eau et de l’électricité au Gabon.
Un enjeu politique majeur pour OLIGUI NGUEMA
Au-delà des aspects techniques, la crise de la SEEG est devenue un enjeu hautement politique et un barometre de la credibilité du President de la Republique.
L’accès à l’eau et à l’électricité est l’un des premiers marqueurs de la qualité de vie et de la crédibilité de l’action publique.Si il l a inscrit comme premier pilier de son projet de societe, celui ci determinera surement sa capacité a apporter du changement dans le quotidien des Gabonais.
Chaque coupure, chaque délestage, chaque pénurie alimente le mécontentement et fragilise la confiance entre les citoyens et Brice Clotaire Oligui Nguema.
Et maintenant ?
Le paradoxe est là :
jamais autant n’a été fait pour la SEEG, et pourtant les résultats tardent à se faire sentir.
La suite dépendra de plusieurs facteurs :
- la capacité à traduire rapidement les investissements en résultats concrets
- l’amélioration de la gouvernance et de la transparence
- la résolution des problèmes structurels du réseau
- la restauration de la confiance avec les populations
Car au final, une seule chose compte pour les Gabonais :
avoir de l’eau au robinet et de l’électricité au quotidien.
Et tant que cela ne sera pas garanti, toutes les réformes, aussi ambitieuses soient-elles, resteront perçues comme insuffisantes.


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