
Quand on parle du coût de la vie au Gabon, les débats se concentrent presque toujours sur Libreville. Les loyers, les transports, l’électricité, les marchés. Pourtant, loin de la capitale, la vie n’est ni moins chère ni plus simple. Elle est différente, souvent plus dure, et surtout moins visible.
Dans le Nyanga, les prix des produits de première nécessité sont fortement influencés par l’état des routes. Quand les camions passent, les étals se remplissent. Quand ils ne passent plus, les prix explosent. Un sac de riz, une bouteille d’huile, un carton de savon coûtent parfois plus cher qu’à Libreville, sans que les revenus suivent la même logique.
À Makokou, le transport est un facteur déterminant. Tout ce qui vient de l’extérieur intègre le coût du carburant, des pannes, des délais. Le consommateur final paie l’addition. Les salaires, eux, restent modestes. Les fonctionnaires attendent, les travailleurs informels s’adaptent, les familles ajustent leurs repas.
Dans les villages, la vie semble moins monétisée, mais elle est tout aussi coûteuse. Produire soi-même demande du temps, de la force, des outils. Quand un imprévu survient maladie, funérailles, scolarité les économies fondent rapidement. Il n’existe pas de filet de sécurité formel. La solidarité familiale joue un rôle central, mais elle s’essouffle à mesure que les difficultés se multiplient.
À Port-Gentil, hors des quartiers centraux, la cherté de la vie est ressentie comme une injustice. Ville productrice de richesse, elle donne pourtant le sentiment de ne pas redistribuer équitablement. Les jeunes ménages peinent à se loger, les petites activités ferment, et le moindre choc économique se répercute immédiatement sur les plus fragiles.
Dans le Haut-Ogooué, la proximité avec les zones minières crée des distorsions. Certains produits sont plus accessibles, d’autres deviennent hors de prix à cause de la spéculation locale. Les écarts se creusent entre ceux qui bénéficient indirectement de l’activité économique et ceux qui en sont exclus.
Les aides publiques, quand elles existent, atteignent difficilement les populations rurales. Les mécanismes sont souvent conçus pour les centres urbains. Résultat : ceux qui vivent loin des administrations sont aussi ceux qui bénéficient le moins des dispositifs de soutien.
Le coût de la vie hors Libreville est rarement mesuré avec précision. Il n’apparaît pas toujours dans les statistiques nationales. Pourtant, il façonne le quotidien de millions de Gabonais. Vivre loin des projecteurs ne signifie pas vivre mieux. Cela signifie souvent vivre avec moins de marge, moins de choix, moins de sécurité.


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