Iboga Gabon : entre patrimoine sacré et enjeux économiques, un équilibre à trouver

À Libreville, la conférence internationale consacrée à l’Iboga, ouverte cette semaine par le ministre des Eaux et Forêts, de l’Environnement et du Climat, Maurice Ntossui Allogo, a mis en lumière un débat longtemps resté en marge des politiques publiques. Plante sacrée pour de nombreuses communautés gabonaises, l’Iboga se retrouve aujourd’hui au cœur d’enjeux économiques, culturels et environnementaux de plus en plus complexes.

Depuis plusieurs années, l’intérêt croissant pour l’Iboga, notamment à l’étranger, a entraîné une exploitation parfois incontrôlée de la ressource. Des prélèvements excessifs, souvent effectués en dehors de tout cadre réglementaire, ont contribué à fragiliser certaines zones de production. Dans ce contexte, les autorités gabonaises estiment qu’il devient urgent de définir des règles claires pour encadrer l’exploitation de la plante, sans porter atteinte à sa dimension spirituelle.

La conférence a réuni des chercheurs, des chefs traditionnels, des représentants de la société civile ainsi que des partenaires internationaux. Tous s’accordent sur un point : l’Iboga ne peut être réduit à une simple marchandise. Pour les autorités traditionnelles, il s’agit avant tout d’un élément central de l’identité culturelle gabonaise, étroitement lié aux rites initiatiques et aux pratiques ancestrales.

Le gouvernement, par la voix du ministre Maurice Ntossui Allogo, a insisté sur la nécessité de concilier protection du patrimoine et développement économique. Selon lui, une gouvernance durable de l’Iboga passe par la mise en place de mécanismes de traçabilité, permettant de lutter contre le trafic illégal et d’assurer que les retombées économiques bénéficient réellement aux communautés locales.

Les discussions ont également porté sur la reconnaissance des savoirs traditionnels. Plusieurs intervenants ont souligné l’importance d’associer les détenteurs de ces savoirs aux processus de décision, afin d’éviter une appropriation externe de la ressource. Une préoccupation partagée par de nombreuses communautés, qui redoutent de voir leur patrimoine exploité sans contrepartie.

Sur le plan environnemental, les experts présents ont alerté sur les risques liés à une surexploitation de l’Iboga. La plante, dont la croissance est lente, nécessite des pratiques de prélèvement responsables pour garantir sa régénération. Des programmes de replantation et de culture contrôlée ont été évoqués comme des pistes à explorer.

Pour le Gabon, l’enjeu est aussi diplomatique. En se positionnant comme un acteur de référence dans la gestion durable de l’Iboga, le pays entend affirmer sa souveraineté sur une ressource emblématique, tout en répondant aux attentes de la communauté internationale en matière de protection de la biodiversité.

Dans l’opinion publique, cette initiative est globalement bien accueillie, même si des interrogations subsistent quant à la capacité de l’État à faire respecter les règles qui seront adoptées. Le défi sera de transformer les engagements pris lors de cette conférence en actions concrètes sur le terrain, dans un contexte où les moyens de contrôle restent limités.

Leave a Reply

Your email address will not be published.