Economie

114 milliards pour une cimenterie à Malibé : le chantier est annoncé, les preuves suivront-elles ?

La première pierre du projet de cimenterie de Mondah Green Beach doit être posée ce mardi. L’investissement annoncé atteint au moins 114 milliards de FCFA, avec une capacité et des emplois promis. L’enjeu sera de transformer cette annonce industrielle en production mesurable, sans laisser les questions de financement et d’impact dans les petites lignes.

À Malibé, le programme Mondah Green Beach doit franchir une nouvelle étape ce mardi 20 octobre avec la pose de la première pierre d’une ligne de clinker et d’une cimenterie. Gabonreview rapporte un investissement annoncé d’au moins 114 milliards de FCFA, un projet porté avec Hope Global Investment et Conch Investment Holding, basée à Hong Kong. Le lancement doit être effectué par le vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, selon Le Kiosque.

Les capacités annoncées sont importantes : environ un million de tonnes de clinker par an et au moins un million de tonnes de ciment. Le projet promet également au moins 200 emplois directs, avec priorité annoncée à la main-d’œuvre et aux entreprises gabonaises, ainsi que des formations et un transfert de compétences. Si ces objectifs se concrétisent, une production locale renforcée pourrait sécuriser l’approvisionnement du BTP, réduire une partie des importations et créer des débouchés pour les fournisseurs locaux.

Mais une capacité installée n’est pas une capacité effectivement produite. Les articles consultés ne donnent ni date d’ouverture, ni calendrier détaillé de construction, ni structure complète du financement. Ils ne précisent pas non plus les volumes d’importations que l’usine remplacerait réellement, les contrats d’achat envisagés ou la part exacte des emplois réservés aux Gabonais. Sans ces éléments, 114 milliards et 200 emplois restent des engagements annoncés, pas encore des résultats.

Le projet devra aussi démontrer que son bilan tient au-delà du portail du chantier : accès à l’énergie et aux matières premières, coût de production, demande réelle, transport, conformité environnementale et bénéfices pour les riverains. Ces questions ne signifient pas que le projet échouera ; elles déterminent si l’investissement peut durer et si les retombées locales dépasseront la cérémonie inaugurale.

Le gouvernement peut légitimement soutenir une infrastructure qui renforce la transformation locale. L’avantage attendu est la substitution aux importations et l’activité économique ; le risque est de mobiliser des ressources et des promesses sans calendrier public ni mécanisme d’évaluation. Le Secrétariat général du Gouvernement peut veiller à ce que les engagements annoncés soient suivis dans les décisions et comptes rendus accessibles. Il ne remplace ni l’évaluation environnementale ni le contrôle des investissements.

La première pierre marque un commencement, pas une livraison. Le prochain rendez-vous utile sera celui où les porteurs publieront le calendrier, le montage financier, les autorisations et les premiers recrutements. À ce moment-là, on pourra compter autre chose que les milliards annoncés : les tonnes produites et les emplois réellement créés.

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