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13 000 AGENTS « FANTÔMES » ET 105 MILLIARDS EN JEU : LE CHIFFRE QUI NE DOIT PAS DEVENIR UN PROCÈS SANS AUDIENCE

La Banque mondiale évoque une économie potentielle liée à des dossiers suspects dans la paie publique. Ce n’est ni 105 milliards déjà récupérés, ni 13 000 agents dont la culpabilité serait établie. La chasse aux irrégularités peut assainir les comptes ; mal conduite, elle peut aussi léser des fonctionnaires bien réels.

Le chiffre circule avec la force d’un verdict : 13 000 agents « fantômes », 105 milliards de FCFA à économiser. La Revue des finances publiques du Gabon 2026 de la Banque mondiale présente bien un potentiel d’économies de cet ordre, mais la nuance change toute l’histoire. Il s’agit de dossiers présumés irréguliers issus d’un recensement, et d’une estimation qui suppose que les situations soient vérifiées puis corrigées. L’argent n’est pas, à ce stade, une cagnotte déjà retrouvée dans les caisses de l’État.

Le mot « fantôme » est spectaculaire ; il est aussi dangereux s’il remplace l’enquête. Un dossier peut être mal renseigné, un agent affecté ailleurs, un acte de carrière en retard ou une rémunération versée à tort. Ces cas ne se confondent pas. Le rapport souligne justement la nécessité de rapprocher les postes budgétaires, les affectations et les rémunérations, avec des vérifications régulières. Avant de parler de fraude, il faut donc établir les faits, dossier par dossier, et permettre aux personnes concernées de faire valoir leur situation.

L’intérêt d’un assainissement est réel. Un fichier fiable peut réduire les doublons, rendre les paiements traçables et libérer des marges pour des services en manque de personnel. La Banque mondiale recommande aussi un système intégré de gestion des ressources humaines et une meilleure orientation des recrutements vers la santé et l’éducation. Autrement dit : nettoyer les registres ne suffit pas, il faut que les économies vérifiées améliorent concrètement le service public.

Le risque est tout aussi clair : transformer une estimation en objectif politique, radier trop vite, puis découvrir que des agents réguliers ont été pris dans le filet. Une suspension injustifiée peut priver une famille de revenu et désorganiser un service déjà fragile. La numérisation peut améliorer les contrôles, mais un logiciel ne corrige pas magiquement des dossiers incomplets ; sans recours rapide, identifiants fiables et contrôle humain, l’erreur administrative gagne simplement un joli tableau de bord.

Le gouvernement devrait publier une méthode compréhensible : combien de dossiers sont examinés, combien régularisés, combien effectivement radiés, quelles voies de recours existent et quelles économies sont réellement constatées sur les dépenses de paie. Les chiffres doivent être audités et comparables dans le temps. La responsabilité publique ne s’arrête pas à l’annonce d’un montant impressionnant : elle commence quand les résultats peuvent être vérifiés sans sacrifier les droits des agents.

Une économie potentielle de 105 milliards mérite d’être prise au sérieux, pas célébrée avant d’exister. Le bon indicateur ne sera pas le nombre de personnes étiquetées « fantômes », mais l’argent effectivement économisé, les erreurs réparées et les postes prioritaires enfin pourvus. C’est moins spectaculaire qu’un grand chiffre. C’est aussi beaucoup plus utile aux contribuables comme aux fonctionnaires.

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