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État de droit : le Gabon gagne quelques centimètres, mais reste au fond de la photo

Le nouvel indice du World Justice Project classe le Gabon 119e sur 143 pays, avec une note de 0,40. Le score progresse depuis 2022, mais les contre-pouvoirs, la corruption et la justice pénale restent sévèrement notés. Un léger mieux n’est pas encore une sortie de crise.

Le Gabon avance, mais à la vitesse d’un dossier qui change de bureau. Dans son indice 2026 sur l’État de droit, publié le 21 octobre, le World Justice Project lui attribue un score global de 0,40 sur 1 et le classe 119e sur 143 pays. Le pays se situe 23e sur 34 en Afrique subsaharienne et 42e sur 44 parmi les États de revenu comparable. Depuis 2022, le score global a progressé de 3,1 %. C’est mieux que reculer ; c’est loin d’être un motif de fanfare.

L’indice s’appuie sur des enquêtes auprès des ménages et des experts. Il ne constitue ni un jugement contre l’État gabonais ni un audit de chaque tribunal. Il mesure la manière dont le droit fonctionne et est perçu au quotidien à travers huit dimensions. Ce thermomètre mérite donc d’être discuté, mais pas cassé parce que la température déplaît.

Le tableau est contrasté. L’ordre et la sécurité obtiennent le meilleur score gabonais, 0,65. La justice civile progresse fortement par rapport à 2022. En revanche, l’absence de corruption tombe à 0,26, les limites au pouvoir gouvernemental à 0,31 et la justice pénale à 0,30. Le sous-indicateur consacré à la liberté d’opinion et d’expression est noté 0,32 ; celui relatif à la protection contre les ingérences dans la vie privée, 0,17. Dans une République qui promet l’efficacité, ces chiffres rappellent qu’une décision rapide n’est pas automatiquement une décision encadrée.

L’avantage pour le gouvernement est de disposer d’un diagnostic international détaillé et comparable. Il peut identifier les points faibles, fixer des priorités et mesurer les évolutions. La limite serait de transformer la hausse globale en slogan tout en passant sous silence les rubriques les plus mauvaises. Un classement ne répare rien : ce sont les procédures, l’indépendance des contrôles, la sanction des fautes et l’accès du citoyen au droit qui changent l’expérience réelle.

Le ministère de la Justice peut publier un plan d’amélioration assorti d’indicateurs : délais de jugement, décisions exécutées, accès à l’aide juridictionnelle, plaintes traitées et mesures anticorruption. Le Parlement et les organes de contrôle doivent également pouvoir exercer leurs missions sans devenir des figurants institutionnels. Quant au Secrétariat général du Gouvernement, il doit rendre les lois, décrets et versions consolidées facilement accessibles, puis suivre l’application effective des réformes annoncées.

Le Gabon a gagné quelques points, pas une médaille. La bonne réaction ne consiste ni à applaudir mécaniquement ni à nier l’indice, mais à répondre rubrique par rubrique. En matière d’État de droit, la meilleure communication reste encore une règle claire, un juge crédible et une administration qui accepte d’être contrôlée.

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