Economie

Finances publiques : la Banque mondiale a ouvert les tiroirs, et la poussière budgétaire tousse

La Revue des finances publiques du Gabon 2026 dresse un constat sévère : recettes hors pétrole faibles, dépenses sociales limitées, marchés publics peu concurrentiels et entreprises publiques insuffisamment transparentes. Le rapport propose des réformes capables de dégager des marges. Encore faut-il que les recommandations quittent le PDF.

Le Gabon est un pays à revenu intermédiaire supérieur, riche en pétrole, en manganèse et en bois. Pourtant, son PIB réel par habitant en 2024 restait inférieur de 13 % à celui de 2000 et la pauvreté touchait environ un tiers de la population, selon la Revue des finances publiques 2026 publiée par la Banque mondiale. Le sous-sol produit, mais les services publics toussent.

Le rapport indique que les recettes fiscales hors pétrole n’ont représenté en moyenne que 10,5 % du PIB entre 2014 et 2024. Les dépenses publiques ont fortement progressé pour atteindre 25 % du PIB en 2023-2024, tandis que les allocations aux secteurs sociaux ne représentaient que 4 % du PIB, moins de la moitié de la moyenne d’Afrique subsaharienne. La masse salariale, les subventions aux carburants et la dette réduisent l’espace pour les politiques sociales.

La Banque mondiale relève aussi que les marchés de gré à gré ont constitué l’essentiel de la valeur des marchés publics en 2024. Elle recommande davantage de concurrence, la commande publique électronique, un rapport sur les entreprises publiques et une loi renforçant leur transparence. Côté recettes : facturation électronique de la TVA, extension de Digitax, rationalisation des exonérations et meilleure fiscalité foncière.

Des procédures numérisées peuvent limiter les pertes et élargir les recettes sans augmenter aveuglément les taux. Une commande publique plus concurrentielle peut améliorer prix et qualité. Le rapport estime que les réformes pourraient dégager des gains nets de 1,8 % à 5,3 % du PIB, à rediriger vers la santé, l’éducation et la protection sociale.

Mais la numérisation n’est pas une eau bénite budgétaire. Un mauvais fichier numérisé reste un mauvais fichier. Sans interconnexion, contrôle et sanctions, les écrans peuvent simplement masquer les anciennes habitudes. La suppression progressive de subventions, autre piste avancée, pourrait aussi peser sur les ménages si elle précède la mise en place d’aides ciblées fiables.

Le gouvernement dispose d’une feuille de route ; il lui faut désormais calendrier public, responsables identifiés et indicateurs trimestriels. Le Secrétariat général du Gouvernement doit suivre les textes et les retards entre ministères. Son rôle n’est pas de collectionner les comptes rendus, mais d’empêcher qu’une décision disparaisse entre deux administrations.

Le rapport a ouvert les tiroirs. La prochaine étape est de publier ce qui sera effectivement corrigé, à quelle date et avec quel résultat. Le Gabon n’a pas besoin d’un diagnostic supplémentaire rangé sur une étagère ; il a besoin d’un budget où chaque priorité annoncée retrouve enfin sa ligne, son responsable et sa preuve d’exécution.

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