Actualité

Gabon Digital Week : cinq jours pour parler du futur, mais qui livrera le mode d’emploi ?

Libreville accueille du 26 au 30 octobre la première Gabon Digital Week. Cinq jours, environ 600 participants annoncés, des décideurs, des entrepreneurs et des experts : le numérique sort ses habits de conférence. Reste à vérifier qu’après les badges, les panels et le wifi événementiel, il restera autre chose qu’un album photo officiel.

Portée par le ministère de l’Économie numérique, la rencontre se tient au Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba autour de la souveraineté numérique, de l’inclusion, de l’innovation et de la croissance. Sur le papier, le menu est solide. Le Gabon a besoin d’infrastructures fiables, de services publics accessibles en ligne, de compétences locales, de cybersécurité et d’entreprises capables de transformer les usages en emplois.

L’avantage d’un tel rendez-vous est de mettre dans la même salle l’État, les investisseurs, les opérateurs et les jeunes pousses. Ce brassage peut accélérer des partenariats, faire connaître les talents gabonais et inscrire le pays dans les coopérations africaines. La souveraineté numérique, surtout, mérite mieux qu’un slogan : hébergement des données, maîtrise des infrastructures, sécurité des systèmes et capacité nationale à négocier avec les grands fournisseurs sont devenus des questions économiques autant que politiques.

Mais voici l’inconvénient classique : un forum peut donner l’illusion du mouvement sans déplacer un seul obstacle. Pour l’entrepreneur qui attend un financement, pour l’usager bloqué devant une procédure encore en papier et pour l’étudiant qui cherche une formation pratique, une table ronde n’est pas une transformation numérique. Le risque est connu : promettre un « hub » le vendredi et retrouver les mêmes lenteurs administratives le lundi.

La réussite se mesurera donc après le 30 octobre. Quels accords auront été signés ? Avec quels montants, quels délais et quels responsables ? Combien de services publics seront réellement simplifiés ? Quelle place sera réservée aux PME locales ? Quelles garanties encadreront les données personnelles et les marchés technologiques ? Sans réponses chiffrées et calendrier public, la souveraineté numérique restera un grand mot voyageant en classe affaires.

Le Gouvernement peut tirer plusieurs bénéfices de cette semaine : attirer des capitaux, améliorer l’efficacité administrative et rapprocher les services des citoyens. Mais les risques sont tout aussi concrets : dépendance accrue à des prestataires étrangers, dépenses mal calibrées, fractures entre Libreville et l’intérieur du pays, et multiplication de plateformes incapables de communiquer entre elles.

Le Secrétariat général du Gouvernement devrait transformer les conclusions en feuille de route interministérielle, avec décisions publiées, responsables nommés et échéances vérifiables. Sa mission n’est pas d’ajouter un compte rendu aux archives, mais d’empêcher que chaque ministère construise son petit royaume numérique avec son mot de passe oublié.

La Gabon Digital Week peut être un départ. Pour devenir un tournant, elle devra produire moins de promesses en haute définition et davantage de résultats que les citoyens peuvent ouvrir, utiliser et juger.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *