Taxis électriques Ndzéla : des chauffeurs déposent les clés et dénoncent des véhicules devenus dangereux

À Libreville, le réseau de taxis électriques Ndzéla, présenté comme l’une des innovations majeures du transport urbain au Gabon, traverse une période de tensions sociales. Dans une vidéo relayée par La Télé Mobile, un chauffeur explique les raisons qui auraient conduit plusieurs conducteurs à immobiliser leurs véhicules. Au cœur des revendications : l’état des pneumatiques, des inquiétudes concernant le freinage et le refus présumé de la direction d’engager un dialogue.
« Les roues sont lisses » : le cri d’alarme d’un chauffeur
Dans cette séquence, le conducteur filme plusieurs taxis électriques stationnés et attire l’attention sur leur état. Selon lui, les pneumatiques de nombreux véhicules seraient aujourd’hui fortement usés, au point de compromettre leur sécurité sur la route.
« Regardez les roues d’une voiture qui fait le transport. Les roues sont lisses », dénonce-t-il.
Le chauffeur affirme que les véhicules circuleraient depuis plusieurs mois sans remplacement suffisant de leurs pneumatiques. Il évoque également des difficultés de tenue de route, particulièrement inquiétantes pendant la saison des pluies.
« Aujourd’hui, les voitures, avec la pluie, glissent », explique-t-il, avant de mettre également en cause l’efficacité du système de freinage.
Ces déclarations soulèvent une question essentielle : les taxis concernés font-ils l’objet d’un entretien technique régulier et conforme aux exigences de sécurité du transport public ?
À ce stade, les affirmations du chauffeur n’ont pas été confirmées par une expertise mécanique indépendante.
Des accidents évoqués et une inquiétude pour les familles
Le témoignage prend une dimension plus préoccupante lorsque le conducteur montre des véhicules qu’il présente comme accidentés.
Selon lui, plusieurs chauffeurs auraient déjà été victimes d’accidents et auraient ensuite perdu la possibilité de poursuivre leur activité avec leur véhicule.
« Et quand vous faites l’accident, automatiquement, on vous arrache le véhicule », affirme-t-il.
Au-delà des conséquences financières, il insiste sur les risques humains auxquels les conducteurs estimeraient être exposés quotidiennement.
Père de famille, le chauffeur redoute notamment de subir un accident susceptible de le laisser invalide et de compromettre sa capacité à subvenir aux besoins de ses proches.
Il justifie ainsi la décision de déposer les clés par la volonté de préserver sa sécurité et celle des passagers transportés.
Le nombre exact de véhicules immobilisés, les circonstances des accidents évoqués et les responsabilités éventuelles restent toutefois à établir.
Un dialogue social qui semble se détériorer
Les préoccupations techniques ne constituent pas le seul point de friction entre les conducteurs et les responsables du réseau.
Dans son intervention, le chauffeur accuse également la direction de refuser de recevoir les conducteurs lorsqu’ils sollicitent une rencontre pour exposer leurs difficultés.
Ces accusations interviennent dans un contexte de désaccords déjà documentés autour des conditions de collaboration au sein du programme Ndzéla.
Selon un article publié par Dépêches 241 le 26 octobre 2026, un collectif de chauffeurs avait formulé, dès le 29 septembre, des propositions visant à réviser certaines dispositions de leur cahier des charges. Une réponse de la direction, datée du 12 octobre, aurait permis des avancées partielles, sans résoudre l’ensemble des différends.
Le mouvement observé dans la vidéo pourrait ainsi traduire une aggravation des tensions entre les chauffeurs et l’entreprise, même si le lien exact entre cette séquence et les négociations précédentes reste à confirmer.
Ndzéla, de la promesse de modernisation aux difficultés d’exploitation
Présenté publiquement en décembre 2025, le projet Ndzéla avait suscité de nombreux espoirs dans le secteur du transport urbain gabonais.
Son ambition : proposer une mobilité moins polluante, moderniser le parc automobile et ouvrir de nouvelles perspectives entrepreneuriales aux jeunes Gabonais.
Le 2 février 2026, une phase pilote avait officiellement été lancée à Libreville, en présence de représentants de l’Agence nationale de promotion des investissements (ANPI), de la Banque pour le commerce et l’entrepreneuriat du Gabon (BCEG) et des responsables du projet.
Mais l’introduction de véhicules électriques ne suffit pas, à elle seule, à garantir la réussite d’un modèle de transport.
L’entretien du parc automobile, la disponibilité des pièces de rechange, les responsabilités contractuelles et la sécurité des conducteurs constituent autant de conditions indispensables à sa pérennité.
La sécurité des usagers, une priorité qui appelle des réponses
Les accusations formulées par le chauffeur méritent une clarification rapide, compte tenu des risques potentiels pour les usagers.
Plusieurs questions restent notamment sans réponse : qui assume contractuellement le remplacement des pneumatiques ? À quelle fréquence les véhicules sont-ils contrôlés ? Les anomalies signalées ont-elles été examinées ? Quelles mesures sont prévues lorsqu’un véhicule présente un risque pour la sécurité ?
Il revient à la direction de Ndzéla d’apporter des précisions sur ces différents points et, le cas échéant, sur les dispositions prises pour garantir la sécurité de son parc automobile.
Les autorités compétentes en matière de transport et de sécurité routière pourraient également être amenées à s’assurer que les véhicules affectés au transport public respectent les conditions techniques exigées.
L’enjeu dépasse le seul conflit entre une entreprise et ses conducteurs. Il concerne la confiance des Gabonais dans un nouveau modèle de mobilité urbaine. Car la modernisation du transport ne peut se limiter à remplacer les moteurs thermiques par des moteurs électriques : elle doit aussi garantir que chaque véhicule circulant transporte ses passagers dans des conditions de sécurité satisfaisantes.


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