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Tourisme durable : les forêts vont-elles enfin créer des emplois, ou resteront-elles belles dans les brochures ?

Le nouveau ministre du Tourisme durable et de l’Artisanat vient de prendre ses fonctions. Le gouvernement promet de faire du patrimoine naturel un levier économique. L’ambition est séduisante ; les emplois, les investissements et les retombées locales restent à démontrer.

Axel Jesson Ayenoue a été nommé ministre du Tourisme durable et de l’Artisanat lors du remaniement du 11 octobre, puis installé dans ses fonctions le 16 octobre, selon l’Agence gabonaise de presse. Deux jours plus tard, un article d’Africdirect présentait le pari de transformer les forêts gabonaises en emplois. La formule accroche. Elle appelle aussi une question moins photogénique : qui, sur le terrain, bénéficiera de cette transformation ?

Le projet n’est pas neuf. La feuille de route ministérielle publiée en février faisait déjà du tourisme et de l’artisanat des leviers de diversification. Elle prévoyait notamment une stratégie nationale, la structuration de produits touristiques, une amélioration de l’accueil, la préservation des écosystèmes et l’identification de sites opérationnels et sécurisés. En août, la Présidence indiquait que des études devaient repérer les sites à potentiel et concevoir des circuits adaptés, avec l’intérêt exprimé par The Nature Conservancy pour des investissements et le renforcement des compétences.

Les bénéfices possibles sont réels : des visiteurs peuvent soutenir l’hébergement, le transport, la restauration, les guides et l’artisanat, tout en diversifiant une économie fortement exposée aux ressources extractives. Une offre mieux organisée peut également créer des revenus dans les provinces et donner une valeur économique à la conservation.

Mais les mots « durable » et « emplois » ne constituent pas encore un contrat de travail. Les sources consultées ne donnent pas de montant d’investissement engagé, de nombre d’emplois attendus, de calendrier de chantier ni de mécanisme de partage des revenus avec les communautés locales. Les projets touristiques peuvent aussi exercer une pression sur les milieux naturels si l’accès, les déchets, l’eau et la capacité d’accueil ne sont pas planifiés. Préserver la forêt tout en la commercialisant exige des règles, pas seulement des slogans verts.

Le changement de ministre peut offrir une occasion de relancer le dossier et de clarifier les priorités. Il comporte aussi un risque classique : recommencer les feuilles de route à chaque passation, sans bilan public de celles déjà annoncées. Le Secrétariat général du Gouvernement peut aider à préserver la continuité des décisions et à suivre les engagements interministériels ; l’exécution, elle, dépend du ministère, des collectivités, des opérateurs et des communautés concernées.

Le prochain signe de sérieux ne sera pas une nouvelle promesse de faire de la nature une richesse. Ce sera une liste de sites, des études publiées, des investissements confirmés, des formations locales et des retombées mesurées. Les forêts n’ont pas besoin qu’on les rebaptise « moteur économique » : elles ont besoin que le bénéfice annoncé arrive jusqu’aux Gabonais qui vivent à leurs portes.

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