Société

270 bâtiments, neuf jours et beaucoup d’angoisse : à Okala et Diba-Diba, le bulldozer a déjà son calendrier

Le Gouvernement annonce pour le 4 novembre la libération des emprises nécessaires à deux chantiers routiers du Grand Libreville. Au total, 270 bâtiments sont concernés entre Okala, Lac Bleu et Diba-Diba. Une route moderne est promise ; pour les familles, le compte à rebours, lui, a déjà commencé.

À Okala, 67 bâtiments seraient touchés, dont 13 appartenant à des propriétaires disposant de titres fonciers. Sur l’axe Lac Bleu–Diba-Diba, 203 constructions sont recensées : 53 au Lac Bleu et 150 à Diba-Diba, où aucun titre foncier n’aurait été identifié. Le projet prévoit des voies de 30 mètres de large, en deux fois deux voies, avec trottoirs, arrêts d’urgence et couloirs pour les réseaux d’eau, d’électricité et de téléphonie.

L’avantage collectif n’est pas mystérieux. Des axes plus larges peuvent fluidifier la circulation, sécuriser les déplacements et faciliter l’arrivée des réseaux urbains. Le Gouvernement affirme avoir optimisé les tracés afin de réduire les impacts. Il annonce aussi une aide au relogement, des parcelles à Malibé, trois guichets pour le transfert scolaire des enfants et un accompagnement social des familles vulnérables. Sur le papier, le bulldozer viendrait donc avec une assistante sociale et un dossier scolaire sous le bras.

Mais neuf jours entre l’annonce et le démarrage annoncé des opérations, c’est très court pour déplacer une vie. Une maison n’est pas seulement quatre murs : c’est une activité, une école, des voisins, parfois une tombe familiale. Les exhumations et réinhumations annoncées exigent une concertation réelle, pas une signature obtenue entre deux moteurs de chantier.

La distinction entre titulaires et non-titulaires pose aussi une question explosive. L’absence de titre foncier ne fait pas disparaître les années d’occupation, les investissements réalisés ni, parfois, les tolérances administratives accumulées. Elle peut réduire les droits à indemnisation, mais elle ne dispense pas l’État d’une procédure transparente, contradictoire et humainement applicable. L’aide au relogement devra être chiffrée, versée avant les démolitions et adaptée au coût réel d’un nouveau départ.

Les bénéfices du projet seront durables si la route est effectivement réalisée, financée et entretenue. Les risques, eux, sont immédiats : familles déplacées sans solution achevée, parcelles de Malibé non viabilisées, ruptures scolaires, pertes de revenus et contentieux. Publier la liste des bâtiments, les critères d’évaluation, les montants d’aide, le calendrier de versement et la procédure de recours éviterait que la rumeur ne devienne le service après-vente du chantier.

Le Secrétariat général du Gouvernement doit verrouiller la coordination entre Travaux publics, Logement, Intérieur, Affaires sociales et Éducation. À lui aussi de s’assurer que les actes, responsabilités et échéances soient accessibles. Une route peut désenclaver une ville ; une procédure bâclée peut, elle, fabriquer 270 impasses humaines.

Le développement exige parfois de libérer des emprises. Il n’exige jamais de libérer l’État de ses obligations.

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