Société

729 000 Gabonais pauvres : la croissance monte dans l’ascenseur, le peuple prend encore l’escalier

La Note de conjoncture économique du Gabon 2026 estime qu’environ 729 000 personnes vivaient sous le seuil national de pauvreté en 2024. Le taux recule, mais le nombre de vies cabossées reste presque au même étage qu’en 2017. La statistique sourit ; le panier de la ménagère, beaucoup moins.

Il existe des chiffres qui méritent mieux qu’une conférence climatisée et trois diapositives. Celui-ci en fait partie : 28,7 % de pauvreté, soit près de 729 000 personnes en 2024, selon la Banque mondiale. Derrière l’élégance du pourcentage, il y a des loyers repoussés, des ordonnances médicales transformées en listes de souhaits et des repas où l’on négocie avec la marmite.

Le paradoxe gabonais n’est pas nouveau, mais il devient franchement insolent. Le pays produit du pétrole, du manganèse et du bois ; pourtant, la richesse nationale continue de jouer à cache-cache avec une large partie de la population. La croissance aurait atteint 3,2 % en 2025, tandis que la pauvreté, elle, reste remarquablement fidèle au poste. Le taux peut baisser lorsque la population augmente sans que le nombre de personnes pauvres diminue réellement. Voilà comment un progrès statistique peut cohabiter avec un quotidien immobile.

Le gouvernement dispose pourtant de leviers : registre social unique, aides mieux ciblées, priorité budgétaire à la santé et à l’éducation, formation adaptée aux emplois disponibles, soutien aux activités productives hors pétrole. Les avantages sont clairs : moins de dispersion, davantage d’impact et une protection qui atteint enfin les ménages réellement vulnérables. Mais les risques le sont aussi : fichier incomplet, favoritisme, aides ponctuelles distribuées comme des pansements électoraux et programmes généreux sur papier mais maigres au guichet.

La Revue des finances publiques 2026 rappelle que les dépenses sociales restent faibles et que la dette des principales entreprises publiques dépasse 8 % du PIB. Autrement dit, l’argent public existe, mais ses priorités et son efficacité doivent comparaître devant le tribunal du résultat. Chaque franc promis à la lutte contre la pauvreté devrait être suivi jusqu’au ménage bénéficiaire, avec des objectifs publiés : combien de familles couvertes, combien d’enfants maintenus à l’école, combien de sorties durables de la pauvreté ?

C’est aussi là que le Secrétariat général du Gouvernement doit quitter le rôle de boîte aux lettres réglementaire. Sa mission de coordination devrait imposer un tableau de bord commun aux ministères des Finances, des Affaires sociales, de l’Éducation, de la Santé et de l’Emploi. Sans calendrier, responsable nommé et bilan public, la lutte contre la pauvreté risque de devenir un ministère de la compassion verbale.

Le chiffre de 729 000 ne demande donc pas une cérémonie. Il exige une politique mesurable. Au Gabon, la richesse ne manque pas toujours ; c’est souvent son rendez-vous avec le citoyen qui est annulé.

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