CARTE DE PRESSE : 200 DOSSIERS SUR LA TABLE, ET LE RISQUE DE CONFONDRE JOURNALISME ET PERMIS DE PARLER

Après cinq années d’interruption, la Commission nationale de la carte de presse examine près de 200 dossiers à Libreville. Renouvellements et premières demandes seront étudiés pendant sept jours. L’objectif annoncé est de mieux identifier les professionnels. Bonne nouvelle pour le métier à condition que la carte protège les journalistes au lieu de devenir une barrière gardée par l’administration.
La carte, valable deux ans, doit être attribuée selon trois voies : un diplôme spécialisé en journalisme, dans le numérique ou le cinéma ; au moins cinq années d’expérience ; ou un tutorat assuré par un professionnel reconnu. Cette ouverture reconnaît que l’expérience peut aussi former au métier.
Les avantages sont réels. Une identification professionnelle peut faciliter l’accès aux événements, aux sources institutionnelles et aux zones sensibles. Elle peut distinguer les professionnels des usurpateurs et renforcer la responsabilité déontologique. Après cinq ans de suspension, remettre le dispositif en marche était nécessaire.
Mais la carte de presse ne doit pas devenir une carte de fidélité au pouvoir. Qui définit le « professionnel reconnu » capable d’assurer un tutorat ? Quels documents prouvent cinq années d’expérience ? Les pigistes, correspondants, journalistes indépendants, créateurs d’information numérique et professionnels travaillant pour des médias récents seront-ils évalués équitablement ? Un refus sera-t-il motivé et pourra-t-il être contesté rapidement ?
Le risque est double. Des critères trop souples laisseraient passer des personnes sans pratique journalistique réelle. Des critères trop administratifs excluraient ceux qui enquêtent et publient effectivement, mais ne rentrent pas dans les bonnes cases. La professionnalisation exige donc de la rigueur, pas du verrouillage. Une carte certifie un statut ; elle ne distribue ni le talent, ni le courage, ni le droit constitutionnel d’informer.
Le ministère de la Communication et la Commission devront publier la grille d’évaluation, la composition des instances, les délais, le nombre d’acceptations et de refus, ainsi que les motifs agrégés. Le Secrétariat général du Gouvernement a, lui aussi, intérêt à vérifier la cohérence des textes d’application et l’existence de recours clairs : une procédure floue fabrique rapidement des soupçons.
Il faudra également donner une utilité concrète à la carte. Si elle n’améliore ni l’accès à l’information, ni la sécurité, ni la reconnaissance professionnelle, elle deviendra un rectangle plastifié de plus dans un portefeuille déjà fatigué.
Deux cents dossiers, c’est le signe d’une profession qui veut être reconnue. La réponse publique doit être transparente, équitable et indépendante. Le journaliste n’a pas besoin d’un permis de penser ; il a besoin de règles justes pour travailler, questionner et parfois déranger.





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