Economie

ROUGIER AU GABON : –20,3 % DE CHIFFRE D’AFFAIRES, LA FORÊT NE CACHE PLUS LE RALENTISSEMENT

Au premier semestre 2026, le chiffre d’affaires de Rougier au Gabon a reculé de 20,3 %. Le groupe évoque des interruptions administratives, des contraintes opérationnelles et l’arrêt temporaire d’un chantier. Dans le bois comme ailleurs, quand l’activité ralentit, ce ne sont pas les arbres qui reçoivent les fiches de paie.

À l’échelle du groupe, les ventes se sont établies à 35 millions d’euros, en baisse de 9,6 % sur un an. Rougier affiche toutefois un EBITDA positif de 3,6 millions d’euros, soit 10,2 % du chiffre d’affaires, grâce à la réduction des charges et à la préservation des marges. Le résultat net part du groupe reste négatif, à –1,2 million d’euros, tandis que la dette financière nette atteint 15,5 millions.

Il faut éviter deux lectures paresseuses. La première consisterait à annoncer la catastrophe : le groupe dit vouloir normaliser ses opérations gabonaises et le chantier temporairement arrêté aurait repris. La seconde serait de banaliser une baisse de plus d’un cinquième dans un secteur qui fait vivre des salariés, des sous-traitants et des territoires. Le recul gabonais contraste avec la progression de 21,2 % au Congo.

Pour le Gabon, une activité mieux structurée présente plusieurs avantages : emplois, fiscalité, transformation locale, infrastructures dans les zones d’exploitation et débouchés pour les fournisseurs nationaux. La certification et la traçabilité peuvent aussi préserver l’accès aux marchés internationaux exigeants. Le redressement de Rougier serait donc utile, à condition qu’il ne repose pas uniquement sur des économies comprimant l’emploi, la sécurité ou les obligations sociales.

Les risques doivent être surveillés. Des contraintes administratives longues ou imprévisibles peuvent décourager l’investissement. À l’inverse, la volonté d’accélérer ne doit pas conduire l’État à relâcher les exigences forestières, fiscales et sociales. Une entreprise responsable n’a pas à choisir entre produire et respecter les règles ; l’administration, elle, doit appliquer ces règles avec stabilité, rapidité et égalité.

Il manque encore des réponses précises sur les causes des interruptions de fin 2025, leurs effets sur les emplois et les volumes, ainsi que sur le calendrier complet de retour à la normale. Les comptes semestriels cités sont par ailleurs non audités et n’ont pas fait l’objet d’un examen limité, ce qui invite à les lire comme les données publiées par le groupe, non comme un verdict extérieur.

Le gouvernement doit clarifier les blocages administratifs relevant de ses services et publier des délais de traitement prévisibles. Rougier doit, de son côté, préciser sa trajectoire d’investissement, d’emploi et de transformation locale. La forêt gabonaise mérite une exploitation durable ; les travailleurs méritent une activité durable aussi.

La baisse de 20,3 % est un signal, pas une condamnation. Mais attendre le prochain communiqué annuel pour comprendre si la reprise a réellement eu lieu serait une curieuse manière de gérer un secteur stratégique : à force de regarder la canopée, on finit par ne plus voir le sol se dérober.

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