Sports et Loisirs

Les U15 à Bakou : envoyons des footballeurs apprendre, pas des enfants réparer tout le football gabonais

Les jeunes Panthères disputent du 24 au 30 octobre la première Coupe du monde et Festival U15 de la FIFA en Azerbaïdjan. Le Gabon affrontera le Lesotho, l’Écosse, la Bulgarie et la Lettonie. Une formidable école internationale, à condition de ne pas transformer des adolescents en service d’urgence national.

La délégation gabonaise U15 a quitté Libreville pour Bakou, où l’attendent quatre adversaires et des styles bien différents. Du 24 au 30 octobre, les jeunes Panthères joueront dans le groupe I face au Lesotho, à l’Écosse, à la Bulgarie et à la Lettonie. Le programme prévoit des rencontres rapprochées et des ateliers organisés autour de la compétition.

Sur le plan sportif, l’intérêt dépasse le classement. À quinze ans, affronter des blocs, des rythmes et des cultures tactiques inconnus vaut parfois une saison entière passée à jouer les mêmes oppositions. Le tournoi peut révéler des besoins très concrets : maîtrise technique sous pression, vitesse de décision, récupération, préparation mentale ou organisation défensive. C’est aussi une vitrine, mais le mot doit être manié avec prudence : ces joueurs sont d’abord des mineurs en formation, pas des produits exposés sur une étagère.

Les bénéfices sont donc nombreux : expérience internationale, confrontation précoce au haut niveau, apprentissage culturel et informations utiles pour bâtir les futures sélections. Les risques le sont aussi. Un calendrier quotidien peut peser sur de jeunes organismes. Une belle semaine peut rester sans lendemain si aucun suivi médical, scolaire et sportif n’est assuré au retour. Et la chasse au « prochain Aubameyang » peut pousser les adultes à juger une génération sur un contrôle raté filmé au mauvais moment.

La Fégafoot et les autorités sportives ont une responsabilité simple : expliquer les critères de sélection, identifier l’encadrement technique et médical, protéger les jeunes contre les approches douteuses et publier ensuite un bilan de progression. Qui sera suivi ? Avec quel club ou centre ? Quel programme après Bakou ? Combien de joueurs issus de l’intérieur du pays ont réellement accès à la détection ? Sans réponses, la vitrine risque surtout de refléter nos habitudes.

Il faut également résister à la tentation nationale du verdict instantané. Une victoire ne prouvera pas que la formation gabonaise est guérie ; une défaite ne condamnera pas ces garçons. À cet âge, le résultat compte, mais il doit servir le développement, pas l’écraser. Les adultes peuvent exiger de l’organisation aux dirigeants sans réclamer un trophée aux enfants.

À Bakou, les U15 n’ont donc pas à porter sur leurs épaules le bilan des seniors, les frustrations des supporters et les failles des centres de formation. Qu’ils jouent, apprennent et reviennent meilleurs. Le vrai score sera visible dans trois ou cinq ans : combien auront progressé, poursuivi leur scolarité et intégré proprement le haut niveau ? Le reste, pour l’instant, c’est du bruit de tribune.

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