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16 000 titres fonciers distribués : l’État rend les clés, mais garde encore le trousseau

Seize mille titres fonciers ont été remis le 22 octobre à Libreville. Pour des familles longtemps coincées dans le vestibule administratif, la propriété cesse enfin d’être une promesse en chemise cartonnée. Mais une cérémonie, même massive, ne remplace ni un registre fiable ni une procédure durable.

Le foncier gabonais avait fini par ressembler à une série sans dernier épisode : dossier déposé, cachet posé, silence prolongé. La remise annoncée de 16 000 titres fonciers change l’échelle et mérite d’être saluée. Derrière chaque document se trouve un ménage qui peut désormais sécuriser son logement, transmettre un patrimoine, solliciter plus facilement un financement ou investir sans craindre qu’un deuxième « propriétaire » sorte soudain d’une armoire administrative.

Cette opération s’inscrit dans une réforme engagée plus tôt dans l’année. En février, l’exécutif avait fixé un objectif de 50 000 titres supplémentaires en 2026 et annoncé un guichet unique. Le ministère du Logement indiquait par ailleurs, le 22 mai, avoir traité et transmis 16 811 dossiers à la Conservation foncière en moins de cinq mois. Attention aux additions enthousiastes : dossiers traités, titres établis et titres effectivement remis ne désignent pas automatiquement les mêmes personnes ni la même étape. Le gouvernement doit publier un tableau clair, anonymisé et vérifiable : demandes reçues, dossiers validés, titres édités, titres retirés, délais moyens et litiges.

L’avantage de la réforme est évident. La sécurité foncière réduit les conflits, donne de la valeur aux biens et peut élargir l’assiette fiscale. La tarification sociale annoncée 600 000 FCFA jusqu’à 2 000 m² sur les sites concernés, selon les informations disponibles peut aussi sortir la propriété du club très privé des citoyens capables de financer un marathon de formalités.

L’inconvénient tient au périmètre et à l’exécution. Une somme plafonnée reste lourde pour de nombreux foyers. Tous les occupants ne remplissent pas nécessairement les conditions, notamment lorsque la parcelle relève de la SNI ou que la construction n’est pas régularisée. Et accélérer sans nettoyer les doublons, les superpositions et les archives, c’est risquer de produire rapidement des conflits très officiels.

Le Secrétariat général du Gouvernement a ici un devoir moins photogénique, mais décisif : vérifier la cohérence des textes, faire publier les procédures applicables et empêcher que chaque administration invente son propre guichet dans le guichet unique. Il faut aussi un mécanisme de recours accessible, des reçus traçables et l’interdiction des frais « complémentaires » qui poussent parfois entre deux bureaux comme des herbes tropicales.

Distribuer 16 000 titres est un résultat. Installer une administration foncière qui ne replonge pas les 16 001 suivants dans l’attente serait une réforme. Le premier mérite des applaudissements ; le second exigera des preuves mensuelles, pas seulement des photos du jour.

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