Gabon Connect veut mettre l’administration dans le téléphone : gare au retour du fameux « système indisponible »

DUS, TrésorPay, eTax, eDouane, ePropriété : le gouvernement promet un guichet numérique unique pour payer, déclarer et suivre ses formalités. Sur le papier, l’administration entre enfin au XXIe siècle. Dans la vraie vie, tout dépendra de trois détails souvent oubliés : la connexion, la sécurité et le service après le lancement.
Présentée le 22 octobre à Libreville par le vice-président du gouvernement Hermann Immongault, Gabon Connect doit regrouper progressivement six services publics numériques. La Déclaration unique des salaires et TrésorPay ouvrent une nouvelle phase ; eTax, eEmployeur, eDouane et ePropriété doivent compléter l’architecture, avec un déploiement annoncé jusqu’en décembre 2027.
L’idée est solide. Une entreprise qui déclare ses salariés, paie une recette non fiscale ou suit un dossier sans faire la tournée des guichets économise du temps et de l’argent. L’État, lui, peut mieux tracer les encaissements, limiter les paiements en espèces, rapprocher ses bases de données et détecter plus facilement les anomalies. Si TrésorPay réduit les fuites et si la DUS évite de saisir cinq fois la même information, contribuables et finances publiques y gagnent.
Mais une plateforme n’est pas une réforme par magie. Le premier risque est de numériser le désordre existant : mêmes pièces inutiles, mêmes validations opaques, seulement avec un mot de passe en plus. Le deuxième est l’exclusion. Un service exclusivement en ligne peut devenir une porte fermée pour l’usager sans smartphone, sans connexion stable ou sans maîtrise du numérique. Le troisième concerne les données : salaires, impôts, douanes et propriété forment un menu très appétissant pour les fraudeurs. L’interconnexion accroît l’efficacité ; elle concentre aussi le risque.
Le gouvernement doit donc publier ce que les présentations PowerPoint laissent volontiers hors champ : disponibilité réelle des services, délais garantis, coûts éventuels, procédure de remboursement, assistance, sauvegardes, audits de cybersécurité et responsable identifiable en cas d’erreur. Il faut conserver des points d’accompagnement physiques, au moins pendant la transition, et prévoir un mode dégradé lorsque le réseau décide de prendre son congé.
Le Secrétariat général du Gouvernement devrait s’assurer que chaque téléservice repose sur un texte clair, que les administrations ne réclament plus au guichet les documents déjà fournis en ligne et que les échanges de données respectent des règles publiques. Son rôle est d’organiser la cohérence normative, pas d’ajouter un visa numérique au millefeuille.
Gabon Connect offre donc un bénéfice possible majeur : une administration plus rapide, plus transparente et moins coûteuse. Son revers serait tout aussi majeur : centraliser les pannes, les erreurs et les données sensibles dans une vitrine brillante. Le vrai lancement ne se mesurera pas au nombre de portails inaugurés, mais au nombre de démarches terminées sans déplacement, sans « revenez demain » et sans paiement mystérieux.





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