Scinder la SEEG : la réforme avance sur le papier, l’eau et le courant attendent au robinet

Le Conseil des ministres demande d’accélérer la séparation des activités de la SEEG. La réforme promet des responsabilités plus claires entre eau et électricité ; elle comporte aussi un risque évident : réorganiser les structures sans améliorer le service que les ménages subissent au quotidien.
Le communiqué du Conseil des ministres du 15 octobre remet la réforme de la Société d’énergie et d’eau du Gabon au premier plan. Le gouvernement est invité à accélérer la séparation des activités et à spécialiser les opérateurs selon la chaîne production, transport, distribution et commercialisation. Ce n’est pas une annonce sortie de nulle part : le 22 septembre, le ministère chargé de l’Énergie expliquait que le schéma envisagé reposait sur deux entreprises distinctes, Électricité du Gabon et La Gabonaise des Eaux.
L’argument de fond est compréhensible. Une organisation séparant les métiers de l’eau et de l’électricité peut rendre les responsabilités plus lisibles, faciliter le suivi des investissements et éviter qu’un secteur masque les besoins de l’autre. Le gouvernement indique aussi avoir discuté avec les banques du passif historique de la SEEG, des garanties juridiques et des conditions financières de la transition. Ce travail préparatoire peut aider à éviter qu’une réforme institutionnelle se transforme en facture surprise.
Mais les usagers ne consomment pas des organigrammes. Ils veulent savoir si le robinet coulera et si la lumière restera allumée. Une scission peut créer des coûts de transition, multiplier les interfaces et brouiller la responsabilité si la coordination entre production, transport et distribution n’est pas clairement définie. Le passif historique, les contrats, les actifs et les personnels doivent être répartis sans fragiliser la continuité du service. Et si les nouvelles entités héritent des mêmes contraintes de financement et d’entretien, le changement de nom ne suffira pas à changer la qualité du service.
Le bénéfice attendu est donc possible, pas acquis. Pour le rendre mesurable, il faut un calendrier public, des objectifs de raccordement et de disponibilité, des mécanismes de contrôle, ainsi que des règles claires sur les tarifs et les investissements. Il faut aussi dire qui répondra d’une panne : producteur, transporteur, distributeur, ou le fameux « dossier en cours » qui circule plus vite que l’électricité.
Le Secrétariat général du Gouvernement a ici un rôle concret : sécuriser la chaîne des textes, harmoniser les décrets et projets de loi, et rendre accessibles les décisions qui fondent la transformation. En juin, le Conseil des ministres avait déjà annoncé des projets de textes pour créer des opérateurs publics dédiés. Depuis, l’administration a évoqué garanties, passif et dialogue bancaire. Il revient maintenant aux textes publiés de préciser ce qui est décidé, ce qui reste à arbitrer et à quelle échéance.
Accélérer, oui. Mais accélérer quoi exactement : la réorganisation juridique, les travaux, ou la promesse ? La réforme sera jugée non au nombre de sociétés créées, mais à la baisse des coupures, à l’accès à l’eau et à la capacité des citoyens à identifier un responsable quand le service flanche.





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