China Square : quelques postes, des centaines de candidats… le chômage a fait la queue avant l’ouverture

Des images diffusées sur les réseaux montrent une foule venue répondre à une campagne de recrutement de China Square à Acaé. Le nombre exact de candidats et celui des postes ouverts ne sont pas officiellement établis. Mais la scène suffit déjà à poser une question : où se cache la politique de l’emploi quand un commerce devient, pendant trois jours, une agence nationale de l’espoir ?
À Libreville, l’annonce d’entretiens en présentiel organisés du 20 au 22 octobre par China Square à Acaé a provoqué une affluence impressionnante. Plusieurs pages publiques ont diffusé des vidéos montrant plusieurs centaines de personnes patientant pour déposer leur candidature. Certaines publications parlent de milliers de demandeurs, mais aucun décompte officiel accessible ne permet de confirmer ce chiffre. Le nombre total de postes concernés n’est pas davantage précisé dans les annonces consultées.
Les faits vérifiables restent plus modestes que la rumeur, mais éloquents : l’entreprise recrute et les candidats se déplacent massivement. La scène montre qu’ils ne refusent pas le travail ; ils courent vers lui dès qu’une porte s’ouvre.
Pour l’entreprise, la campagne permet de constituer rapidement un vivier. Pour l’économie locale, chaque recrutement déclaré représente revenu, expérience et cotisations. Mais le dispositif comporte des limites. Une foule exposée au soleil, sans créneaux individualisés ni information claire sur le nombre de postes, produit frustration, bousculades possibles et collecte massive de données personnelles. Un appel à candidatures n’a pas besoin de ressembler à une distribution de secours.
La responsabilité première de l’organisation appartient à l’employeur. Il devrait publier les métiers recherchés, le nombre de postes, les conditions, le calendrier et un canal numérique sécurisé. Il devrait aussi indiquer aux candidats non retenus ce qu’il advient de leurs dossiers. Les documents personnels ne sont pas des prospectus abandonnés après la fermeture.
Mais cette scène interpelle aussi l’action publique. Le ministère du Travail et le PNPE pourraient accompagner ces recrutements : préinscription, créneaux, vérification des offres et bilan. L’avantage serait de rapprocher l’offre et la demande ; le risque serait d’ajouter une couche administrative qui ralentit l’embauche. L’État doit faciliter et sécuriser, pas confisquer le recrutement.
Le Secrétariat général du Gouvernement peut, dans le suivi interministériel, exiger que les annonces sur l’emploi soient confrontées aux résultats : combien de candidats enregistrés, combien d’entretiens, combien de contrats signés et combien de salariés déclarés ? Sans ces chiffres, chacun récupérera les images selon son récit.
La file de China Square n’est pas une statistique nationale. Elle est un signal humain : des centaines de personnes ont estimé qu’un déplacement et une longue attente valaient la chance d’obtenir un poste. Le vrai scandale ne serait pas la foule. Ce serait qu’après les images, personne ne sache combien d’emplois ont réellement été créés.





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