PNCD À 27 000 MILLIARDS : LE GABON A TROUVÉ LE PLAN, IL LUI RESTE LE MODE D’EMPLOI

Le Plan national de croissance et de développement 2026-2030 vise une croissance moyenne de 6,5 % et mobiliserait 27 000 milliards de FCFA. L’ambition donne le vertige. Le document, lui, garde les pieds sur terre : recettes incertaines, projets mal exécutés et gouvernance insuffisante peuvent transformer le grand décollage annoncé en nouvelle attente en salle d’embarquement.
Le PNCD concentre ses efforts sur l’énergie, les infrastructures et la diversification hors pétrole. Dix mille milliards devraient provenir du budget de l’État et 17 000 milliards du secteur privé ou de financements innovants. L’avantage est évident : le Gabon se dote d’un cap pluriannuel, hiérarchise des secteurs capables de soutenir l’activité et cherche à attirer des capitaux sans faire porter toute la facture au Trésor.
Mais le plan livre lui-même son avertissement. L’exécution du Programme d’investissements publics se situerait historiquement autour de 50 %, alors que l’objectif dépasse 90 %. Un diagnostic officiel présenté par le Secrétariat général du Gouvernement en septembre était encore plus sévère : taux réel estimé à 30 % sur quinze ans, calendrier effectif réduit à six mois et administrations travaillant en silos. Pour une fois, le thermomètre ne flatte pas le malade.
Les bénéfices possibles sont importants : davantage d’électricité, de routes, d’activités industrielles, d’emplois et de recettes fiscales. Les risques le sont tout autant. Des projets insuffisamment étudiés peuvent absorber des milliards sans produire les gains attendus. Des recettes plus faibles que prévu peuvent retarder les chantiers. Une dette mal calibrée peut rétrécir les marges futures. Et un partenariat public-privé n’est pas automatiquement une bonne affaire : tout dépend du partage des risques, des garanties accordées et du contrôle public.
Le Secrétariat général du Gouvernement est au cœur du test. Il a reçu la mission de coordonner la mobilisation des financements et d’améliorer la capacité d’absorption. Il ne suffit donc plus de convoquer des comités. Il faut publier la liste des projets réellement matures, leurs coûts, leurs sources de financement, les ministères responsables, les échéances et l’état d’exécution. Sans tableau de bord public, les 27 000 milliards risquent de devenir une unité de mesure de la communication.
Le gouvernement a raison de planifier sur cinq ans. L’avantage d’un tel plan est la cohérence ; son défaut potentiel est de masquer, derrière un chiffre monumental, la faiblesse de chaque chantier particulier. Le succès ne se mesurera pas au volume du document, mais aux centrales qui produisent, aux routes qui tiennent, aux entreprises qui embauchent et aux délais respectés.
Le PNCD n’est donc pas condamné. Il vient même avec sa propre notice d’alerte. Reste à savoir si l’administration la lira avant de monter la machine ou après avoir découvert les pièces qui manquent.





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