VISITE D’ÉTAT EN CHINE : LE GABON PART CHERCHER DES USINES, PAS DES POIGNÉES DE MAIN

Du 3 au 8 novembre, le président Brice Clotaire Oligui Nguema effectue une visite d’État en Chine. Sur la table : investissements, industrialisation, énergie, infrastructures, logements et transformation locale. L’affiche est ambitieuse. Reste à éviter que le grand voyage ne revienne avec une petite valise de promesses.
Libreville et Pékin se connaissent depuis 1974. Cette fois, la délégation gabonaise annonce vouloir faire de la relation un levier de diversification et de création d’emplois. Deux projets déjà évoqués donnent un avant-goût du menu : 500 logements sociaux dans la zone des Neuf Provinces et une cimenterie dont la réalisation serait envisagée sur deux ans. Le séjour doit également comprendre un sommet bilatéral, des séances consacrées aux investissements et la participation du chef de l’État à une exposition internationale.
Sur le papier, les avantages sont solides. Des capitaux et des équipements nouveaux peuvent accélérer des chantiers que le budget national ne financerait pas seul. Une cimenterie supplémentaire peut renforcer l’offre locale, réduire certaines importations et soutenir le bâtiment. Les logements répondent à une demande réelle. La coopération technologique et la formation peuvent aussi laisser autre chose que des photos officielles : des compétences, des emplois et des entreprises gabonaises mieux intégrées aux chaînes de valeur.
Mais Pékin n’est pas une fontaine magique. Chaque financement a un prix, chaque chantier un contrat et chaque contrat des clauses. Qui emprunte ? À quel taux ? Quelle part des travaux reviendra aux PME gabonaises ? Combien d’emplois seront durables ? Quelles garanties environnementales et sociales accompagneront les projets ? Sans réponses publiques, le « partenariat gagnant-gagnant » risque de gagner surtout en slogans.
Le gouvernement doit donc sortir du cérémonial. Un protocole d’accord n’est ni une usine ni un logement livré. L’avantage d’une visite de cette ampleur est d’ouvrir des portes ; son inconvénient est de permettre à l’administration de confondre l’ouverture de la porte avec l’arrivée au salon. Il faut, projet par projet, publier les montants, les délais, les obligations des parties, le contenu local attendu et les indicateurs de résultat.
Le Secrétariat général du Gouvernement aura ici un rôle moins photogénique mais décisif : assurer la traçabilité des décisions interministérielles, la cohérence des textes d’application et le suivi des engagements qui nécessitent plusieurs ministères. La transparence ne doit pas attendre l’inauguration surtout lorsqu’elle risque de ne jamais venir.
Cette visite peut être utile au Gabon. Elle le sera vraiment si, dans six mois, le public peut distinguer ce qui a été signé, financé, commencé ou abandonné. La diplomatie économique mérite mieux qu’un album souvenir : elle mérite un tableau de bord.





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