Société

MANGANÈSE : MARCEL ABÉKÉ REVIENT AU CONSEIL, MAIS MOANDA ATTEND AUTRE CHOSE QU’UN FAUTEUIL NEUF

Installé le 30 octobre à la présidence du conseil d’administration de Comilog, Marcel Abéké retrouve une entreprise qu’il a dirigée pendant vingt-deux ans. Sa feuille de route met en avant la transformation locale du manganèse, l’emploi national et la souveraineté économique. Les mots sont bien choisis ; à Moanda, on attend désormais les verbes d’action.

Nommé lors du Conseil des ministres du 15 octobre, le nouveau PCA succède au général Jean-Hilaire Doudou Lengoma. Son retour intervient alors que l’État pousse la transformation locale, avec l’ambition affichée d’en finir avec l’exportation du minerai brut à l’horizon 2029. Marcel Abéké appelle à la rigueur, à la continuité et à la redevabilité, tout en promettant davantage de formation, de participation des entreprises locales et de retombées pour les territoires miniers.

L’avantage de cette orientation saute aux yeux. Transformer davantage au Gabon peut créer plus de valeur qu’expédier la roche puis racheter, plus cher, des produits élaborés ailleurs. Cela peut soutenir les métiers de la métallurgie, de la maintenance et de l’ingénierie, ouvrir des marchés aux sous-traitants nationaux et augmenter les recettes publiques. Son expérience est utile : il connaît la maison et ses rapports avec l’État.

Mais connaître les couloirs ne garantit pas de déplacer les murs. Une transformation industrielle exige une énergie fiable, des infrastructures ferroviaires et portuaires solides, des compétences rares, des capitaux lourds et des débouchés. Accélérer sans sécuriser ces conditions ferait peser un risque sur la production, l’emploi et les recettes. Reste une question : comment concilier rentabilité d’Eramet, objectifs de l’État et attentes de Moanda ?

Le gouvernement gagne à fixer un cap industriel ; il perdrait à transformer une échéance politique en ultimatum techniquement impréparé. Les bénéfices possibles : emplois, valeur ajoutée, souveraineté doivent donc être confrontés aux coûts d’investissement, aux besoins énergétiques, aux contraintes logistiques et aux cycles du marché mondial. Le mot « local » ne doit pas servir de peinture fraîche sur une chaîne de valeur encore pilotée ailleurs.

Le conseil d’administration devrait publier des jalons vérifiables : capacités à installer, investissements engagés, emplois directs et indirects, achats locaux, formation, calendrier industriel et retombées pour Moanda. Le Secrétariat général du Gouvernement, lorsqu’il formalise les décisions issues du Conseil et coordonne leur traduction administrative, doit veiller à la clarté des mandats et à la cohérence entre Mines, Industrie, Énergie, Transports et Finances. Une nomination ne remplace pas une politique coordonnée.

Marcel Abéké a raison sur un point : les résultats jugeront les intentions. Le nouveau fauteuil de PCA ne produira pas une tonne d’alliage. Ce sont les investissements, les compétences et les comptes rendus publics qui diront si le manganèse gabonais a enfin cessé de voyager en classe brute.

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