30 MILLIARDS DE SUBVENTION EN UN MOIS… QUI VA PAYER LA NOTE, ET QUI RISQUE DE LA SENTIR À LA POMPE ?

Le Conseil des ministres évoque une réflexion sur la réduction, voire la suppression à terme, de la charge de stabilisation des prix. Il n’a annoncé ni hausse immédiate ni calendrier de réforme. Entre protection du pouvoir d’achat et pression sur les finances publiques, le gouvernement doit sortir du flou sans faire payer la facture aux seuls ménages.
Le chiffre a le don de faire tousser : selon le communiqué du Conseil des ministres du 8 octobre, la stabilisation des prix des carburants a coûté 30 milliards de FCFA en septembre 2026. Le même texte compare cette charge aux 7 à 9 milliards mensuels d’avant la crise liée à la guerre en Ukraine et aux quelque 15 milliards pendant cette crise. Il indique que le gouvernement a été invité à réfléchir aux mécanismes de réduction ou, à terme, de suppression de cette charge. Une réflexion n’est pas une décision. À ce stade, aucune hausse des prix à la pompe ni date d’application n’a été annoncée dans ce communiqué.
La subvention a un avantage immédiat : elle amortit les variations du marché et protège, au moins en partie, le prix payé par les automobilistes, les transporteurs et les entreprises. Quand le carburant grimpe, le coût du transport peut suivre, puis celui des produits et services. Maintenir un prix stabilisé peut donc éviter un choc brutal sur le budget des ménages. Le gouvernement fait aussi valoir que cette dépense soutient des prix à la pompe parmi les plus bas de la sous-région.
Mais le bouclier a une facture. Le Conseil des ministres reconnaît que les sommes mobilisées peuvent réduire les marges disponibles pour la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté. À 30 milliards en un seul mois, demander « combien de temps encore ? » n’a rien d’une provocation gratuite. La vraie question est distributive : qui bénéficie le plus de la subvention, qui finance la dépense, et quels services publics attendent pendant ce temps ?
Réduire ou supprimer la mesure pourrait dégager des ressources pour d’autres priorités et limiter une dépense budgétaire difficile à prévoir. C’est le bénéfice potentiel. Le risque, lui, serait qu’une réforme rapide transmette la hausse aux transports et aux prix courants, avant que des aides ciblées ou des mesures d’accompagnement n’existent. Les ménages modestes et les petites activités ne peuvent pas payer une transition dont le mode d’emploi tient en une phrase de communiqué.
Le gouvernement doit donc publier des scénarios comparables : maintien, réduction graduelle, ciblage des bénéficiaires, calendrier, effets estimés sur le budget et sur les prix. Il doit expliquer les compensations avant toute décision, pas après les premières files d’attente. Le Secrétariat général du Gouvernement a ici un rôle concret : rendre accessibles les arbitrages, publier les textes d’application et préciser qui répond de leur mise en œuvre. Une réforme annoncée sans échéancier ni mécanisme de suivi, c’est le feuilleton administratif dont le public connaît déjà la fin : il paie d’abord, il comprend ensuite.
Le chiffre de septembre mérite un débat sérieux, pas un concours de slogans. Protéger le pouvoir d’achat compte. Financer durablement les services publics aussi. La prochaine étape doit montrer comment le gouvernement compte concilier ces deux objectifs, avec des données et des garde-fous. Sinon, la pompe restera stabilisée sur le papier, tandis que l’incertitude, elle, continuera de faire le plein.





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