30,5 % des jeunes au chômage : le Gabon forme-t-il des diplômés pour des emplois qui n’existent pas ?

La Banque mondiale vient de remettre le marché du travail gabonais devant son miroir : 30,5 % des 15-35 ans seraient au chômage, et la proportion atteindrait 25,4 % chez les diplômés universitaires. Plus troublant, 55,4 % des personnes en emploi seraient surqualifiées pour leur poste. Au pays du diplôme encadré au salon, le métier correspondant reste parfois porté disparu.
Présentée le 27 octobre à Libreville, la Note de conjoncture économique 2026 insiste sur les compétences nécessaires pour créer des emplois de meilleure qualité. La Banque mondiale identifie notamment le bois, le tourisme, la transformation minière, la construction et le numérique comme secteurs porteurs. Le diagnostic est familier : les formations ne répondent pas assez aux besoins des entreprises, tandis que l’économie ne crée pas suffisamment d’emplois qualifiés.
L’avantage d’une réforme bien menée est évident. Des programmes construits avec les entreprises, davantage d’apprentissage, des formations techniques modernisées et un suivi réel des débouchés peuvent accélérer l’insertion. Un système d’information sur le marché du travail permettrait aussi aux étudiants de connaître, avant de choisir une filière, les métiers qui recrutent et ceux où les diplômés s’empilent déjà comme des dossiers.
Mais il serait commode de faire porter toute la responsabilité aux jeunes et aux écoles. Former un excellent technicien ne crée pas automatiquement une usine. Produire des développeurs ne suffit pas si les entreprises manquent de financement, de marchés, d’électricité fiable ou de commandes. La réforme des formations doit avancer avec l’investissement privé et une politique industrielle lisible.
Le rapport souligne également la faiblesse des apprentissages fondamentaux : seuls 10,1 % des élèves de quatrième année maîtriseraient à la fois la lecture et les mathématiques selon les données présentées. Réformer l’université sans réparer la base reviendrait à installer un toit numérique sur une maison scolaire fissurée.
Le Gouvernement peut réduire le chômage, améliorer la productivité et limiter la frustration d’une jeunesse diplômée mais sans perspective. Les risques sont tout aussi nets : multiplier les centres sans équipements, annoncer des filières « porteuses » sans employeurs partenaires ou financer des formations dont personne ne mesure l’insertion.
Il faut donc publier, pour chaque programme, le nombre d’inscrits, de diplômés, d’apprentis et de recrutés, ainsi que le coût par insertion. Les entreprises bénéficiant d’aides publiques devraient participer aux cursus, ouvrir des stages et déclarer leurs besoins de compétences.
Le Secrétariat général du Gouvernement doit empêcher que l’Éducation, l’Enseignement supérieur, la Formation professionnelle, le Travail et l’Économie conduisent cinq réformes parallèles qui ne se rencontrent qu’en séminaire. Une feuille de route unique, des responsables nommés et des résultats trimestriels seraient déjà une révolution.
Le jeune Gabonais n’a pas besoin d’un nouveau discours lui demandant d’être « employable ». Il a besoin d’une école qui enseigne, d’une économie qui embauche et d’un État qui relie enfin les deux.





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