Economie

6 065 milliards de projets pour une enveloppe de 1 120 : l’État découvre que les rêves aussi doivent passer à la caisse

Les administrations gabonaises ont exprimé pour 2027 des besoins d’investissement estimés à 6 065,9 milliards de FCFA. L’enveloppe présentée au Parlement atteint 1 120 milliards. Quand les demandes valent plus de cinq fois les moyens, gouverner consiste moins à inaugurer des ambitions qu’à assumer les projets laissés sur le quai.

Auditionnée le 21 octobre à l’Assemblée nationale, la ministre de la Planification, Louise Pierrette Mvono, a présenté le Programme d’investissements publics 2027-2029. Pour 2027, les demandes sectorielles totaliseraient 6 065,9 milliards de FCFA, face à 1 120 milliards disponibles. Le budget ne peut donc financer qu’une fraction du catalogue : chaque ministère a apporté sa liste au restaurant, mais le Trésor ne paiera pas tous les plats.

Les travaux publics prendraient la première place avec 286,4 milliards de FCFA. L’eau et l’énergie recevraient 154,3 milliards, la santé 102,1 milliards et l’éducation 61,8 milliards. Le numérique et la communication mobiliseraient ensemble 32,2 milliards, tandis que l’agriculture, l’élevage et la pêche disposeraient de 22,9 milliards. Un Fonds d’études sectorielles doté de 60 milliards doit améliorer la préparation des futurs projets.

L’avantage de cet arbitrage est évident : concentrer l’argent sur des opérations prioritaires et techniquement mûres peut éviter les chantiers lancés sans études, les avenants en cascade et les rubans coupés devant des bâtiments jamais achevés. Le fonds d’études est donc une bonne idée, à condition qu’il finance de vraies études opposables et non une nouvelle industrie du rapport relié.

Le danger se cache dans la sélection. Qui décide qu’une route vaut davantage qu’un hôpital ou qu’un projet de Libreville est plus urgent qu’un équipement provincial ? Sans critères publiés, l’arbitrage peut devenir un concours d’influence. Le Parlement doit obtenir la liste des projets retenus, leur coût, leur financement, leur calendrier et les résultats attendus.

Autre point à éclaircir : le communiqué officiel du projet de loi de finances adopté en septembre projetait 1 058,4 milliards de dépenses d’investissement, dont 287,3 milliards sur financements extérieurs. L’audition évoque désormais 1 120 milliards pour le PIP. Ces montants peuvent correspondre à des périmètres différents, mais l’administration doit les réconcilier publiquement. Soixante milliards d’écart ne se rangent pas dans la rubrique « détails ».

Le Secrétariat général du Gouvernement doit vérifier la cohérence des documents transmis par les ministères, du Conseil des ministres au Parlement, et imposer une nomenclature commune. Il devrait également coordonner un tableau trimestriel indiquant, projet par projet, les engagements, décaissements, livraisons et retards.

Le choix de financer moins de projets, mais de les terminer, serait un progrès. Financer surtout les projets les plus bruyants serait une rechute. En 2027, la crédibilité de l’État ne dépendra pas du montant des besoins recensés : elle se mesurera au nombre d’investissements réellement livrés, utilisés et entretenus.

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