Economie

Assemblée nationale : 9,20 milliards pour le personnel, le contribuable aimerait lire la fiche de poste

Le projet de budget 2027 prévoit de faire passer les dépenses de personnel de l’Assemblée nationale de 6,25 à 9,20 milliards de FCFA, soit une hausse de 47,4 %. Le budget global de l’institution grimperait, lui, de 21,57 à 31,03 milliards. La démocratie a un coût ; la transparence devrait normalement être comprise dans le forfait.

Selon les tableaux du projet de loi de finances, 629 personnes sont rattachées à l’Assemblée nationale. Rapportée mécaniquement à cet effectif, l’enveloppe représente environ 1,22 million de FCFA par mois et par personne. Ce calcul n’est pas un salaire moyen : les dépenses de personnel peuvent inclure traitements, primes, cotisations et autres charges. Le document disponible ne détaille pas leur répartition et ne donne pas d’effectif comparable pour 2026. Toute conclusion sur les rémunérations individuelles serait donc hasardeuse.

La hausse peut avoir des raisons défendables. La mise en place complète des institutions de la Ve République peut exiger davantage de collaborateurs, de compétences juridiques, de moyens de contrôle ou la régularisation de situations administratives. Un Parlement correctement doté peut mieux examiner les lois, contrôler l’action gouvernementale et représenter les citoyens. Économiser sur le contrôle démocratique pour dépenser ensuite dans les erreurs publiques serait un mauvais calcul.

Mais l’augmentation ne s’arrête pas au personnel. Les dépenses de biens et services progresseraient de 55,7 %, passant de 11,01 à 17,15 milliards de FCFA. Au total, personnel et fonctionnement absorberaient près de 85 % du budget de l’institution, tandis que l’investissement resterait fixé à 2 milliards. Autrement dit, la maison prévoit surtout de coûter davantage pour fonctionner, sans que le détail permette encore de savoir précisément pourquoi.

C’est ici que le bénéfice attendu rencontre le risque politique. Si ces moyens produisent des commissions mieux équipées, des textes plus rigoureux, des auditions publiques et un contrôle budgétaire plus efficace, l’effort peut se justifier. S’ils financent des indemnités opaques, des doublons ou une administration gonflée, la hausse deviendra un symbole de déconnexion au moment où l’État demande discipline et arbitrages.

Le Gouvernement et l’Assemblée devraient publier une ventilation claire : évolution des effectifs, catégories de bénéficiaires, traitements, indemnités, charges sociales, collaborateurs parlementaires, biens et services. Il faudrait aussi relier les moyens aux résultats : nombre de lois examinées, amendements adoptés, rapports produits, auditions conduites et recommandations suivies.

Le Secrétariat général du Gouvernement n’administre pas l’Assemblée, qui est un pouvoir distinct. Mais il doit garantir la cohérence du projet de loi de finances, la qualité des annexes budgétaires et la traçabilité des arbitrages soumis au Parlement. L’indépendance des pouvoirs ne doit pas devenir l’indépendance des chiffres vis-à-vis des explications.

Une Assemblée forte est indispensable. Une Assemblée plus chère peut l’être aussi. Encore faut-il démontrer que les 9,46 milliards supplémentaires achèteront davantage de démocratie, et pas seulement davantage de dépenses.

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