Société

70 VÉHICULES POUR LES FORCES DE SÉCURITÉ : DES CLÉS NEUVES, MAIS QUI PUBLIE LA FACTURE ?

Soixante-dix véhicules et six bus ont été remis le 2 novembre aux Forces de défense et de sécurité ainsi qu’aux écoles de formation. Douanes et Eaux et Forêts figurent parmi les bénéficiaires. La mobilité opérationnelle peut y gagner. La transparence budgétaire, elle, attend encore de monter à bord.

La dotation vise à améliorer les conditions de travail, faciliter les déplacements des agents et renforcer la présence de l’État sur le territoire. Le besoin n’a rien d’imaginaire : selon la communication officielle, certains personnels affectés à Port-Gentil rejoignaient leur lieu de service à pied faute de transport adapté. Pour des unités appelées à intervenir, contrôler ou sécuriser, la voiture n’est pas un accessoire de cérémonie.

Les avantages sont donc concrets. Des moyens roulants disponibles peuvent réduire les délais d’intervention, améliorer le transport des élèves en formation, soutenir les unités de l’intérieur du pays et faciliter les missions des Douanes et des Eaux et Forêts. Une administration mobile est, en principe, une administration plus proche des citoyens et plus capable d’exécuter ses missions.

Mais une remise de clés ne constitue pas encore une politique logistique. Combien a coûté l’opération ? Selon quelle procédure les véhicules ont-ils été acquis ? Comment seront-ils répartis ? Quel budget couvrira carburant, assurance, entretien, pièces détachées et renouvellement ? Sans maintenance, le véhicule public connaît souvent une carrière fulgurante : photo officielle, plaque administrative, panne discrète, puis retraite anticipée derrière une clôture.

L’inconvénient d’une dotation centralisée est aussi le risque d’une allocation décidée sans indicateurs publics. Les unités les plus exposées recevront-elles les moyens adaptés à leurs terrains ? Les bus serviront-ils régulièrement aux écoles ? Un registre permettra-t-il de suivre kilométrage, disponibilité et coûts ? La sécurité mérite mieux qu’un inventaire dont on ne reparle qu’au prochain achat.

Le gouvernement peut tirer un bénéfice réel de cette opération s’il accompagne les véhicules d’un plan de gestion. Il doit publier le coût global, les critères de répartition, les affectations et un programme de maintenance. Les organes de contrôle doivent pouvoir vérifier l’usage des équipements. Le Secrétariat général du Gouvernement, chargé de la cohérence administrative des décisions, devrait pousser à une règle commune pour toutes les dotations publiques : achat justifié, affectation traçable, entretien financé et bilan annuel.

Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a présenté cette dotation comme un moyen d’améliorer l’efficacité des services. L’objectif est légitime. Sa réussite dépend désormais des administrations bénéficiaires et des mécanismes de contrôle.

Des forces mieux équipées peuvent mieux servir. Mais pour que 70 véhicules deviennent 70 outils opérationnels et non 70 souvenirs mécaniques, il faut publier autre chose que les photos : les coûts, les règles et les résultats.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *