Environnement et climat

LIBREVILLE « VILLE-FORÊT » : DES ARBRES, OUI… MAIS PAS POUR CACHER LES NIDS-DE-POULE

La mairie de Libreville veut transformer progressivement la capitale en « ville-forêt ». Le 2 novembre, l’Hôtel de ville a réuni fleuristes, services de l’environnement et professionnels de l’horticulture pour préparer un verdissement durable. Belle ambition : dans une capitale équatoriale, le vert devrait être autre chose qu’une couleur sur les panneaux.

La concertation doit définir les modalités d’aménagement, d’entretien et de mise en valeur des espaces verts. Les participants ont évoqué le respect des normes environnementales, la valorisation des essences locales et la qualité des prestations. L’idée présente de vrais avantages. Les arbres apportent de l’ombre, réduisent la chaleur dans les espaces minéralisés, contribuent à la biodiversité et améliorent le cadre de vie. Des parcs entretenus peuvent aussi offrir des lieux de détente et soutenir les métiers de l’horticulture.

Mais une forêt urbaine ne pousse pas dans un communiqué. Il faut du foncier protégé, des pépinières, de l’eau, des équipes d’entretien, un calendrier et un budget durable. Planter cent arbres devant les caméras puis en perdre quatre-vingts faute de suivi serait moins une politique verte qu’un casting végétal. Le choix des essences doit tenir compte des racines, des réseaux enterrés, des trottoirs, de la sécurité et du climat.

Le risque principal est celui du décor. Libreville ne deviendra pas plus vivable si les plantations cohabitent avec des caniveaux obstrués, des déchets, des trottoirs impraticables ou des espaces publics abandonnés. Le verdissement doit s’intégrer à l’assainissement, à la mobilité piétonne, au drainage et à l’urbanisme. Un arbre peut rafraîchir une rue ; il ne rebouche pas un nid-de-poule et ne ramasse pas une poubelle.

La mairie devra donc passer de la formule à la carte. Quels quartiers seront prioritaires ? Combien d’hectares seront aménagés ? Qui entretiendra chaque site ? Quel taux de survie des plants sera exigé ? Quels marchés seront attribués et selon quelles règles ? Les habitants seront-ils associés au choix et à la surveillance des espaces ? Sans ces réponses, « ville-forêt » restera un excellent slogan pour une capitale qui cherche encore son mode d’emploi quotidien.

L’avantage de la démarche est d’ouvrir une collaboration avec des professionnels locaux et de privilégier les essences adaptées. Son inconvénient potentiel réside dans la dispersion : quelques ronds-points fleuris peuvent absorber des ressources sans créer un véritable réseau d’espaces verts accessible à tous. Il faut donc des objectifs mesurables, quartier par quartier, et un bilan public annuel.

Libreville a besoin d’arbres, de bancs, d’ombre et d’air. Elle a aussi besoin de voirie praticable, d’éclairage, de collecte des déchets et de caniveaux fonctionnels. La « ville-forêt » sera crédible le jour où le vert ne servira plus à masquer le gris, mais à compléter une ville enfin entretenue.

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