Economie

Dette publique : 2 175 milliards « disparaissent » des comptes… mais personne n’a remboursé un franc

L’audit des engagements de l’État ramène la dette et les sommes exigibles du Gabon à 9 524,643 milliards de FCFA à fin 2025, soit 68,91 % d’un PIB lui-même réévalué. Une photographie plus propre, certes. Mais le ménage comptable ne paie ni les intérêts ni les fournisseurs : les conclusions restent en cours d’examen par le FMI.

Le Gabon est repassé sous la barre communautaire de 70 % d’endettement sans avoir découvert un puits de pétrole dans les tiroirs du Trésor. Entre l’estimation initiale, proche de 11 700 milliards de FCFA, et le montant consolidé après audit, quelque 2 175 milliards ne figurent plus dans le stock retenu. La nuance est capitale : il ne s’agit pas d’un remboursement, mais de vérifications, corrections, reclassements et d’un nouveau calcul du PIB nominal 2025, établi à 13 822 milliards.

Autrement dit, la balance a été recalibrée ; le sac n’est pas devenu léger par magie. Le gouvernement a raison de chercher une base fiable : on ne négocie pas un programme avec le FMI ni une stratégie de désendettement sur des comptes approximatifs. L’avantage de l’audit est évident : identifier les créances réelles, éliminer les doublons et restaurer un minimum de crédibilité budgétaire. Une dette correctement mesurée permet aussi de mieux programmer les échéances et de protéger les dépenses utiles.

Mais les limites sont tout aussi visibles. Le détail des engagements écartés n’a pas été intégralement rendu public, et le gouvernement a lui-même indiqué que l’examen du FMI pouvait encore conduire à des révisions. Le chiffre de 68,91 % doit donc être présenté comme un résultat d’audit encore susceptible d’évoluer, pas comme un certificat définitif de bonne santé. Être juste sous le plafond de 70 % n’est d’ailleurs pas une médaille : c’est une marge de 1,09 point, soit l’épaisseur budgétaire d’un biscuit.

Le risque serait de transformer cette clarification en argument pour recommencer à emprunter sans discipline. La Banque mondiale signale déjà que le service de la dette, les subventions et la masse salariale évincent les dépenses sociales et productives. Une dette moins élevée sur le papier reste lourde lorsque les recettes sont fragiles, les arriérés importants et les écoles ou centres de santé sous-financés.

Le Secrétariat général du Gouvernement doit imposer une chaîne de suivi commune : publication de la méthodologie, ventilation des montants reclassés, calendrier des remboursements, responsable par réforme et contrôle trimestriel. Sans cette coordination, chaque ministère pourra raconter sa propre version du grand roman comptable.

La bonne nouvelle n’est donc pas que 2 175 milliards se seraient envolés. La bonne nouvelle serait que l’État sache désormais exactement ce qu’il doit, à qui, pourquoi et comment il compte payer. Là commence la transparence ; avant cela, ce ne sont que des chiffres bien coiffés.

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