Economie

Russie–Afrique : le Gabon arrive à Moscou avec une liste de courses longue comme le Transgabonais

Agriculture, sécurité, numérique, énergie, infrastructures, formation : le Gabon a présenté une vaste palette de priorités au troisième Sommet Russie–Afrique, tenu les 28 et 29 octobre à Moscou. Diversifier les partenaires peut être utile. Encore faut-il revenir avec des projets, des coûts et des délais pas seulement avec une photo de famille diplomatique.

Le vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, a représenté le Gabon au sommet Russie–Afrique au nom du président Brice Clotaire Oligui Nguema. La délégation gabonaise devait porter les priorités du Plan national de croissance et de développement, notamment l’agriculture, la sécurité alimentaire, la transformation numérique, la cybersécurité, l’administration publique, le commerce et l’investissement.

Sur le principe, Libreville aurait tort de mettre tous ses œufs diplomatiques dans le même panier. Multiplier les partenaires peut ouvrir de nouveaux financements, diversifier les débouchés et favoriser des transferts de compétences. La Russie propose notamment des coopérations dans l’énergie, les engrais, la technologie, la formation et les mécanismes de paiement. Pour le Gabon, qui veut transformer davantage ses ressources et réduire sa dépendance aux importations, la discussion mérite mieux qu’un haussement d’épaules.

Mais l’enthousiasme doit garder ses chaussures de sécurité. La liste des secteurs annoncés est si large qu’elle pourrait remplir un ministère à elle seule. Lorsque tout est prioritaire, rien ne l’est vraiment. Sans projets nommés, budgets, partenaires techniques, conditions financières et échéances, la diplomatie économique risque de produire son classique préféré : un communiqué prometteur suivi d’un long silence administratif.

Les avantages possibles sont réels : coopération agricole, formation de cadres, infrastructures, technologies et nouveaux marchés. Les inconvénients sont la dispersion des négociations et la mobilisation de ressources publiques sur des pistes sans maturité. Les risques concernent l’endettement, la dépendance technologique, l’opacité des contrats et des accords qui favoriseraient surtout l’exportation de matières premières plutôt que leur transformation locale.

Le gouvernement doit donc publier, après le sommet, une matrice sobre : engagements pris, projets retenus, montant envisagé, mode de financement, contenu local et calendrier. Une coopération utile se mesure au nombre d’emplois, de compétences transférées et d’unités effectivement réalisées, pas au nombre de secteurs cités dans le discours.

Le Secrétariat général du Gouvernement a ici un rôle de chef d’orchestre : centraliser les suites, désigner les ministères pilotes, éliminer les doublons et vérifier la compatibilité des futurs accords avec les finances publiques et le droit national. Sans ce suivi, chacun rentrera de Moscou avec sa fiche, son contact et sa propre définition de l’urgence.

Diversifier les partenariats est une stratégie. Collectionner les sommets est un loisir coûteux. Le véritable bilan du déplacement ne se lira pas dans l’album officiel, mais dans les contrats exécutables et les résultats publiés au cours des prochains mois.

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