EUROBOND DE 580 MILLIONS DE DOLLARS : LE GABON RASSURE LES MARCHÉS… MAIS À QUEL PRIX POUR LES CONTRIBUABLES ?

Libreville a levé hier 580 millions de dollars sur huit ans, au coupon de 9,375 %. Le gouvernement met en avant l’appétit des investisseurs et une prime de risque en baisse. Bonne opération de financement ou nouvelle addition qui s’allonge ? Les deux questions méritent une réponse.
Le 14 octobre, le Gabon a émis une nouvelle euro-obligation de 580 millions de dollars, avec une échéance en 2034 et un coupon de 9,375 %, selon le ministère de l’Économie et des Finances. Le gouvernement indique que le carnet d’ordres a approché le milliard de dollars et que la prime de risque aurait baissé d’environ 50 points de base par rapport à l’émission de juillet, malgré une maturité plus longue. Voilà pour la photographie officielle. Elle ne dit pas encore à quoi chaque dollar sera affecté.
L’opération a un avantage immédiat : elle apporte des ressources à l’État et étale le remboursement du principal sur huit ans. Un carnet d’ordres supérieur au montant recherché peut aussi témoigner de l’intérêt d’investisseurs internationaux et faciliter le financement de besoins publics. Dans une période où les budgets sont sous pression, diversifier les sources de financement peut donner un peu d’air à la trésorerie.
Mais ce souffle a un prix. Un coupon de 9,375 % signifie un coût annuel important : appliqué au montant nominal annoncé, il représente environ 54 millions de dollars d’intérêts par an, avant les modalités précises de paiement et tout autre frais. L’État devra honorer cette charge pendant que les services publics, les infrastructures et les dépenses sociales réclament eux aussi des moyens. Emprunter aujourd’hui n’efface pas la facture ; cela la déplace dans le temps, avec une échéance bien réelle.
La baisse annoncée de la prime de risque est un signal à regarder, pas un certificat de bonne santé budgétaire. Elle compare le prix du risque perçu entre opérations ; elle ne prouve pas que l’endettement soit devenu bon marché ni que les projets financés produiront les recettes attendues. De même, un carnet d’ordres fourni mesure l’intérêt des acheteurs au moment de l’émission, pas l’approbation de toute la population ni la réussite future de l’utilisation des fonds.
La question que le gouvernement doit maintenant traiter est très simple : quels engagements seront financés par cette levée, avec quels montants, quel calendrier et quels résultats attendus ? La publication du prospectus complet, des coûts de l’opération et du suivi des décaissements permettrait de juger l’emprunt autrement que sur le montant levé. Le Secrétariat général du Gouvernement peut contribuer à cette exigence en rendant accessibles les décisions et textes d’exécution, mais le ministère des Finances doit surtout documenter l’usage des fonds et le coût total.
La bonne nouvelle est donc réelle : le Gabon a trouvé des prêteurs. La mauvaise serait de confondre accès au crédit et richesse créée. Le test ne se jouera pas dans le carnet d’ordres, mais dans les comptes publics, les projets achevés et les services qui s’améliorent. À défaut de cette transparence, les marchés auront leur rendement ; les contribuables, eux, garderont la note.





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