LE GABON VEUT EMPRUNTER 1 144 MILLIARDS FCFA… LE MOT « INVESTIR » NE SUFFIT PAS À RASSURER

Un projet de loi de finances encore soumis au Parlement, avec un recours annoncé aux marchés extérieurs. La question utile : à quelles conditions cet emprunt servira-t-il le pays ?
Le 12 octobre, des réactions autour du budget 2027, dont une publication avançait plusieurs accusations comptables. Ces affirmations ne sont pas confirmées par les documents accessibles consultés pour ce brief : elles ne doivent donc pas être reprises comme des faits. En revanche, un élément financier est rapporté par Reuters le 21 septembre : le projet de budget adopté en Conseil des ministres prévoit de mobiliser environ 1 144 milliards de FCFA sur les marchés internationaux. Reuters précise que le texte reste soumis à l’approbation du Parlement. Le projet chiffre ressources et dépenses de l’État à 6 223 milliards de FCFA pour 2027.
Le recours à l’emprunt n’est pas automatiquement une faute, pas plus qu’il n’est automatiquement un investissement réussi. Il peut financer des infrastructures, soutenir l’activité ou permettre à l’État d’honorer ses engagements lorsque les recettes disponibles ne suffisent pas. Mais la dette a un calendrier moins poétique que les discours : intérêts et remboursements arrivent, que le projet ait tenu ses promesses ou non. Reuters signale d’ailleurs que le service et les remboursements de la dette devraient augmenter. Le pays doit donc savoir ce qu’il finance, à quel coût et avec quelle capacité de remboursement.
Le gouvernement peut défendre le projet par la nécessité d’investir et par des prévisions de croissance et de reprise de la production pétrolière. Ce sont des hypothèses budgétaires, pas des résultats déjà encaissés. Si les recettes attendues déçoivent, si les projets tardent ou si les emprunts financent surtout des dépenses sans rendement durable, la marge de manœuvre se rétrécit. À l’inverse, des projets choisis, exécutés et contrôlés avec rigueur peuvent améliorer les services et soutenir l’économie. Le bénéfice dépendra donc moins du montant annoncé que de la qualité des dépenses et du contrôle de leur exécution.
Le Parlement doit examiner les hypothèses, les échéances et les risques. Le public, lui, a besoin d’un document lisible : liste des projets financés, coûts, calendrier, appels d’offres, indicateurs de résultats et état des remboursements. Les commentaires vus sur les réseaux montrent que les chiffres budgétaires deviennent vite un terrain de défiance. Cette défiance n’autorise pas à relayer des accusations non démontrées ; elle impose aux institutions de publier les pièces qui permettront de les vérifier.
Le Secrétariat général du Gouvernement peut contribuer à cette transparence en assurant la publication rapide des textes adoptés, de leurs annexes et des décisions d’exécution. Son rôle ne devrait pas s’arrêter à rendre un texte disponible : les citoyens doivent pouvoir retrouver les versions applicables, comprendre ce qui change et suivre la responsabilité des administrations. Un budget sans documents accessibles devient une chasse au trésor, sauf que le trésor appartient aux contribuables.
La formule « emprunter pour investir » peut être défendable. Elle n’est convaincante que si l’investissement est nommé, chiffré, réalisé et évalué. Avant les grands mots, place aux tableaux, aux contrats et aux résultats. Et pour les accusations qui circulent : publication des preuves, ou prudence éditoriale.





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