Politique

Plus de 2 000 kilomètres de routes annoncés : le nouveau ministre hérite d’un réseau… et d’un test grandeur nature

Lambert Mouvinde Millot prend les Travaux publics avec plus de 2 000 kilomètres de chantiers en cours, programmés ou encore à finaliser. Le portefeuille est impressionnant. Reste à savoir combien de kilomètres verront le bitume avant que les communiqués, eux, n’atteignent leur vitesse de croisière.

Le nouveau ministre des Travaux publics n’hérite pas d’un bureau, mais d’une carte routière couverte de surligneurs. Parmi les axes en travaux figurent Ndendé–Doussala, Ovan–Makokou, Alembé–Lopé–Mikouyi, Lébamba–Mbigou–Malinga–Molo, Yombi–Mandji–Omboué, Ntoum–Cocobeach et la réhabilitation de Bifoun–Lambaréné. S’ajoutent Makokou–Okondja et Makokou–Mékambo–Ékata, déjà programmés.

Deux dossiers résument cependant le piège : Ndendé–Tchibanga et Tchibanga–Mayumba seraient à l’arrêt depuis un an pour défaut de paiement. D’autres projets, comme Lébamba–Yeno et Yeno–Mimongo–Koula-Moutou, attendent encore la finalisation technique et financière. Autrement dit, les kilomètres ne se trouvent pas tous au même endroit : certains sont sous les engins, d’autres dans un contrat, d’autres encore dans le futur grammatical.

L’avantage est majeur. Des routes praticables réduisent les coûts, désenclavent les provinces, facilitent l’accès aux soins et aux écoles, et rendent possibles des projets miniers ou agricoles. Relier les chefs-lieux renforcerait aussi les corridors sous-régionaux.

Mais l’inconvénient est financier et opérationnel. Ouvrir trop de fronts à la fois disperse les équipes, les crédits et le contrôle. Un chantier interrompu se dégrade, renchérit la reprise et laisse les riverains avec la poussière, les déviations et les promesses. La multiplication des projets accroît aussi les risques d’avenants, de qualité inégale et d’entretien oublié dès la réception.

Le gouvernement devrait publier un tableau de bord mensuel : entreprise titulaire, montant initial, avenants, source de financement, kilomètres exécutés, paiements effectués, délais et pénalités. Une photo d’engin ne prouve pas un avancement. Un kilomètre payé ne devrait être comptabilisé qu’après contrôle technique indépendant et publication du résultat.

Le Secrétariat général du Gouvernement a sa part de goudron à poser : coordonner les décisions entre Travaux publics, Budget, Planification, Marchés publics et collectivités ; vérifier que les textes et engagements sont cohérents ; empêcher surtout qu’un ministère annonce ce que le Trésor n’a pas programmé. La route administrative doit précéder la route bitumée, sinon les deux finissent en impasse.

Lambert Mouvinde Millot connaît la maison, ayant déjà exercé plusieurs fonctions dans le secteur. C’est un avantage : moins de temps pour découvrir les dossiers. C’est aussi une excuse en moins. Le public n’attend pas 2 000 kilomètres de discours, mais des axes ouverts, sûrs et entretenus. Le vrai bilan ne se lira pas au nombre de chantiers annoncés : il se conduira, pneu après pneu.

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