Il est de retour, c’est encore lui hein.

Ali Bongo : le Gabon, passe encore… mais pas touche au PDG !
Déchu du pouvoir en août 2023, Ali Bongo Ondimba semble avoir retrouvé une nouvelle raison de livrer bataille : la présidence du Parti démocratique gabonais. Dans une sortie aussi solennelle que surprenante, l’ancien chef de l’État accepte d’avoir perdu le pouvoir, mais refuse catégoriquement de perdre son parti. Au passage, il découvre les vertus de l’opposition, du renouvellement et de la démocratie interne. Il n’est jamais trop tard pour apprendre.
Il faut reconnaître une chose à Ali Bongo Ondimba : il sait encore ménager ses effets.
Dans son dernier discours aux militants du PDG, l’ancien président de la République a livré une déclaration qui mérite de figurer dans les annales de la politique gabonaise : « Je n’ai pas réagi au coup d’État, mais je ne laisserai personne s’emparer du PDG. »
Voilà qui a le mérite de la clarté !
Le 30 août 2023, des militaires prennent le pouvoir. Ali Bongo affirme avoir choisi de ne pas résister pour éviter une effusion de sang. Une décision qu’il présente comme un acte de responsabilité.
Mais en octobre 2026, lorsqu’il s’agit du PDG, changement de registre. Le ton se durcit, les avertissements fusent, les mises en demeure s’invitent et les sacrifices sont annoncés.
On peut donc perdre le palais présidentiel avec philosophie, mais pas le siège du parti sans résistance.
Décidément, dans la hiérarchie des biens précieux, le PDG occupe une place singulière.
Le renouvellement, oui. Mais avec le même président.
L’autre révélation de ce discours, c’est la conversion d’Ali Bongo aux vertus du renouvellement.
L’ancien chef de l’État veut désormais faire de la place aux jeunes, promouvoir les femmes, changer les visages et moderniser la doctrine du parti.
Quelle excellente idée !
On se demande simplement pourquoi cette illumination n’est pas intervenue pendant les quatorze années durant lesquelles il a dirigé le Gabon.
L’intéressé rappelle lui-même qu’il préside le PDG depuis 2009. Dix-sept années plus tard, le voilà qui réclame un changement profond, tout en revendiquant le droit d’en conduire personnellement les opérations.
C’est une conception assez originale de l’alternance : changer tout ce qui doit changer, à condition que celui qui organise le changement ne change pas.
On imagine déjà le mot d’ordre du prochain congrès : Place à la nouvelle génération, sous la haute supervision de l’ancienne.
Un parti qui appartient aux militants… sous réserve d’inventaire
Ali Bongo est formel : le PDG appartient à ses militants.
Sur le principe, difficile de lui donner tort.
Mais il explique ensuite qu’il reste son président légitime, que les dirigeants actuels ont outrepassé leurs prérogatives et qu’il conduira lui-même la réorganisation.
Certes, sa contestation statutaire mérite d’être examinée sérieusement. Un parti politique ne peut ignorer ses propres règles au gré des circonstances.
Mais une question demeure : à quel moment les militants deviennent-ils réellement propriétaires de leur parti ?
Lorsqu’ils choisissent librement leurs dirigeants, y compris contre la volonté de l’ancien président ? Ou lorsqu’ils sont invités à confirmer une légitimité déjà proclamée ?
Entre l’héritage d’Omar Bongo, les statuts du PDG et les ambitions de chacun, il devient difficile de savoir si l’on assiste à la reconstruction d’une formation politique ou à une querelle de succession autour d’un patrimoine sentimental.
Le plus savoureux reste cette affirmation d’Ali Bongo : personne ne peut prétendre posséder le parti parce qu’il le finance.
Voilà une rupture doctrinale remarquable pour une formation dont il reconnaît lui-même que le financement a longtemps reposé sur son principal responsable.
Les militants apprécieront cette découverte de l’autonomie financière.
Le PDG découvre enfin l’opposition
Mais le moment le plus fascinant intervient lorsque l’ancien président rappelle une évidence : puisqu’il a perdu le pouvoir, le PDG doit désormais siéger dans l’opposition.
Il aura donc fallu cinquante-cinq années de règne, un coup d’État et trois années de transition politique pour que l’ancien parti au pouvoir découvre qu’un parti peut exister sans participer au gouvernement.
C’est presque une révolution intellectuelle.
Encore faut-il que tout le monde soit d’accord.
Car pendant qu’Ali Bongo réclame une opposition assumée, l’actuelle direction du PDG semble toujours chercher la formule permettant de s’éloigner du pouvoir sans trop lui tourner le dos.
Selon les informations rapportées sur le dernier séminaire du parti, le mot « opposition » aurait même été écarté au profit d’une posture plus accommodante de force politique constructive et responsable.
Au PDG, on ne manque décidément pas de vocabulaire. On manque surtout de certitudes sur l’endroit où s’asseoir.
Les anciens camarades, ces nouveaux ennemis
Il y a enfin cette charge contre ceux qui auraient quitté le PDG pour se rapprocher du pouvoir actuel.
Ali Bongo les accuse de reniement et dénonce ceux qui chercheraient à récupérer son ancien parti.
Là encore, le spectacle a quelque chose d’irrésistible.
D’un côté, les anciens détenteurs du pouvoir qui veulent reprendre leur parti. De l’autre, d’anciens compagnons du même système qui cherchent désormais leur avenir auprès du nouveau pouvoir.
Les uns invoquent la fidélité à Omar Bongo. Les autres parlent de reconstruction et de nouvelle République.
Et au milieu de cette grande redistribution des convictions, le militant ordinaire doit choisir entre ceux qui n’ont pas changé de parti et ceux qui ont changé de parti sans nécessairement changer de pratiques.
La politique gabonaise possède décidément un talent particulier : recycler les hommes d’hier en nouveautés de demain.
Et les Gabonais dans tout ça ?
Au fond, derrière la dimension presque théâtrale de cette sortie, il existe une véritable question politique.
Que veut devenir le PDG ?
Un parti d’opposition capable de reconnaître les erreurs de ses décennies au pouvoir, de renouveler sa pensée et de proposer un projet crédible aux Gabonais ?
Ou une organisation condamnée à servir de champ de bataille entre les héritiers d’un système qui n’a toujours pas accepté sa propre fin ?
Ali Bongo a parfaitement le droit de défendre sa lecture des statuts, de contester la légitimité de ses anciens collaborateurs et de poursuivre une activité politique dans le cadre de la loi.
Mais défendre son droit à présider un parti n’est pas encore proposer un avenir à ce parti. Et encore moins un avenir au pays.
La question n’est donc pas seulement de savoir si le PDG appartient à Ali Bongo, à Blaise Louembé ou à d’autres prétendants.
Elle est de savoir si ce parti peut, un jour, appartenir véritablement à ses militants, sans tutelle familiale, sans parrainage présidentiel et sans nostalgie du pouvoir perdu.
Car après avoir dirigé le Gabon pendant plus d’un demi-siècle, le PDG pourrait peut-être commencer par réussir une première expérience démocratique : apprendre à vivre sans qu’un président, ancien ou nouveau, lui explique éternellement ce qu’il doit devenir.
Le Bon Patriote — Éclairer les faits, inspirer la nation.





Laisser un commentaire