CNAMGS : cinq milliards injectés, mais les assurés attendent toujours la preuve au comptoir

Le gouvernement reconnaît des difficultés persistantes dans la prise en charge en pharmacie et annonce une task force après un appui de cinq milliards de FCFA. Le soutien peut soulager la caisse ; il ne prouve pas, à lui seul, que les assurés sont de nouveau servis normalement.
Les difficultés de prise en charge en pharmacie par la CNAMGS sont remontées jusque dans les propos du vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, lors d’une émission diffusée sur Gabon 24 le 16 octobre, selon le compte rendu publié le lendemain par Gabon Media Time. Le gouvernement évoque une task force chargée d’établir un diagnostic financier, de traiter les failles d’organisation et de proposer un calendrier de redressement. Une aide d’urgence de cinq milliards de FCFA avait été annoncée en août.
Il y a un bénéfice immédiat possible : apporter des liquidités à une caisse en difficulté peut contribuer à régler des arriérés et à rétablir la confiance de prestataires qui hésitent à avancer les soins. La task force peut aussi aider à sortir des réponses au coup par coup, à condition de publier un état des lieux compréhensible et de fixer des échéances.
Mais « cinq milliards annoncés » ne signifie pas automatiquement « cinq milliards disponibles au bon endroit, au bon moment ». Les assurés ne voient pas une ligne budgétaire : ils voient une ordonnance acceptée, un médicament remis ou une pharmacie qui leur demande de payer. Le gouvernement doit donc distinguer clairement le montant annoncé, la somme effectivement versée, les créances réglées et les officines qui ont repris normalement la prise en charge.
La tâche confiée au comité est ambitieuse : diagnostic financier, correction des failles organisationnelles, calendrier de retour à une prise en charge optimale. Ce sont les bons mots, mais la formule « task force » ne soigne personne. Pour qu’elle serve, il faut savoir qui la compose, quelles données elle examine, à quelle date elle rendra ses conclusions et comment les patients pourront signaler un refus de prise en charge. Sans ces éléments, l’annonce risque de devenir un comité de plus dans une chaîne où les patients font déjà la navette.
Le soutien public a aussi ses limites : une injection ponctuelle peut apurer une partie des retards sans résoudre durablement le financement, la gouvernance et la relation avec les prestataires. À l’inverse, réduire les dépenses sans mesurer les conséquences pourrait déplacer la facture vers les ménages. L’équilibre est délicat : protéger l’accès aux soins tout en rendant les remboursements soutenables et transparents.
Le Secrétariat général du Gouvernement peut contribuer à la clarté des décisions et à la publication des textes qui accompagnent cette réforme. Mais il faut surtout que les responsables opérationnels rendent compte du résultat : montant exécuté, arriérés réglés, pharmacies conventionnées actives et mécanisme de réclamation accessible. Les informations publiées à ce jour ne permettent pas encore de vérifier ces résultats.
L’appui financier et le diagnostic annoncé sont des étapes, pas un bilan. Le test le plus simple ne se fera pas en conférence de presse : il se fera au comptoir, quand l’assuré présentera sa carte et son ordonnance.





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