SEEG : on veut séparer l’eau et l’électricité… mais qui va enfin réparer le robinet ?

Le Conseil des ministres demande d’accélérer la séparation des activités de la SEEG et de spécialiser les opérateurs. La réforme peut clarifier les responsabilités. Elle ne fera toutefois pas couler l’eau ni revenir le courant par la seule magie d’un nouvel organigramme.
Le 15 octobre, le Conseil des ministres a demandé au gouvernement d’accélérer la séparation des activités de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), en distinguant production, transport, distribution et commercialisation. L’objectif affiché est de spécialiser les acteurs et de rendre la chaîne plus lisible. Pour les ménages qui attendent surtout une alimentation régulière, la question tient en une phrase : quand cette architecture nouvelle se traduira-t-elle dans la prise en charge des pannes et des pénuries ?
Sur le papier, la logique se défend. Une entreprise ou un opérateur concentré sur un segment peut mieux identifier les investissements nécessaires, les coûts et les responsabilités. Si une coupure survient, il devrait être plus facile de savoir qui doit intervenir et qui doit rendre des comptes. La réforme peut aussi ouvrir la voie à une planification plus précise des réseaux et à une meilleure mesure des performances.
Mais séparer les métiers ne crée pas automatiquement de nouvelles centrales, des conduites entretenues ou des équipes de dépannage supplémentaires. Une chaîne fragmentée peut même ajouter des interfaces : qui répond quand la production fonctionne, mais que la distribution flanche ? Qui indemnise ou informe l’usager ? Sans règles de coordination, régulation indépendante, financement transparent et calendrier public, le consommateur risque de découvrir une nouvelle adresse pour déposer la même réclamation.
Le communiqué du Conseil des ministres fixe une orientation, pas encore le mode d’emploi. Il ne précise pas ici les échéances, le coût de la transition, le sort des actifs et des personnels, ni les indicateurs de qualité qui permettront de juger les futurs opérateurs. Ces choix sont décisifs : une séparation bien préparée peut améliorer l’efficacité ; une séparation précipitée peut perturber la continuité du service et déplacer les coûts vers les usagers ou les finances publiques.
Le Secrétariat général du Gouvernement a un rôle de méthode : assurer la cohérence des textes, leur publication et le suivi des décisions interministérielles. Il ne remplace ni le régulateur ni les responsables techniques. Mais les Gabonais doivent pouvoir retrouver les arbitrages dans des documents accessibles, avec des responsables identifiés et des résultats mesurables.
La bonne réforme ne sera donc pas celle dont le schéma tient le mieux sur une diapositive. Ce sera celle qui réduit les coupures, les délais d’intervention et les zones grises. D’ici là, l’annonce mérite d’être suivie — et le robinet, lui, attend toujours son calendrier.





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